Marie : Muayad, pouvez-vous commencer par vous présenter, ainsi que votre organisation ?

Muayad : D’accord, merci beaucoup de m’accorder cet entretien. Mon nom est Muayad Ahmed, j’appartiens au PCOI1 et je suis secrétaire du comité central du parti. Comme vous le savez, notre organisation existe depuis 1993. Nous avons été engagés dans des activités politiques tout au long des vingt dernières années. A l’origine, le PCOI fut formé pour unifier les activités de quatre organisations au sein du parti – toutes ont adapté leurs idées, leur programme et leur conception du communisme ouvrier. Trois des organisations étaient localisées au Kurdistan2 tandis que l’autre provenait d’une autre région en Irak. L’une des trois premières avaient en outre des liens avec une organisation à l’intérieur de l’Irak, plus au sud. La parti, formé de ces différentes organisations, a pu entreprendre ses premières activités.

Avant son existence, nous avions certes des mouvements organisés en conseils populaires ou en conseils ouvriers au Kurdistan, menés par ces organisations. Nous avons donc continué dans cette voie, avec des activités qui avaient principalement lieu au Kurdistan, car il était trop problématique et risqué de mener des actions politiques dans le reste de l’Irak (même si nous avions là-bas notre organisation entreprenant des activités clandestines). Puis en 2003, lorsque Saddam Hussein fut renversé et que la guerre impérialiste en Irak fut déclaré par les États-Unis, nous sommes donc retourné là-bas pour commencer à y travailler publiquement. Tout d’abord, nous avons ouvert des locaux à Bagdad. Puis, grâce à l’aide du parti et des activistes sympathisants, nous avons établi une union des chômeurs d’Irak. Ensuite, nous avons participé à la création d’un comité pour rassembler les organisations politiques déjà existantes, appelé la « Fédération des conseils ouvriers d’Irak ». Avec Yanar et d’autres activistes, nous avons aussi créé l’OWFI, l’organisation pour la liberté des femmes d’Irak. Depuis 2003, date à laquelle nous avons entrepris ce travail et mené ces actions en Irak, nous avons traversé onze années de luttes sur de nombreux terrains. Nous nous sommes battus pour l’avancée du mouvement ouvrier, du mouvement des femmes, du mouvement socialiste, et de la gauche en Irak.

Marie : Ok. Avant d’aller dans le détail, puis-je vous demander, Yanar Mohammed, de vous présenter ?

Yanar : Je suis née à Bagdad, où j’ai mené la plus grande partie de ma vie. Dans ma jeunesse, ce pays était sous le joug de la dictature Baas3 de Saddam, et nous n’avions aucun droit en ce qui ce qui concerne les activités politiques. Nous étions nombreuses à en avoir conscience, aspirant à l’émergence d’une réaction révolutionnaire, ou quelque chose qui puisse nous lier au communisme. Certes, durant toute cette période de ma vie passée sous la dictature de Saddam, le pays a dû subir des sanctions économiques4 qui nous ont frappé suite aux dix ans de guerre contre l’Iran durant laquelle le peuple irakien a tant souffert. Mais les années de sanctions économiques, qui ont eu lieu les années ayant suivi la première guerre impérialiste américaine en Irak, ont infligé au peuple une souffrance bien plus grande encore. Il n’aura fallu que trois ou quatre ans avant que le peuple ne pressente la menace de ne pas avoir assez à manger : les gens ont commencé à faire face à des situations de famine ou de pauvreté extrême. À l’époque où j’étais à Bagdad, avant donc que je ne quitte cette ville, nous vivions sous la pression de la dictature nationaliste arabe et de la famine infligée par l’ONU et les USA au peuple irakien. Voilà donc la situation dans laquelle j’ai grandi, avant que je ne puisse quitter l’Irak pour partir au Canada. C’est là-bas que j’ai rencontré des militant.e.s du parti communiste des travailleur.se.s, qui m’ont fourni un bon modèle de résistance au programme des nationalistes arabes auxquels nous faisions face en Irak ; aussi un bon modèle de vie sociale dans laquelle femmes et hommes peuvent être égaux, car la femme peut y être considérée comme l’égal – et pas moins ! – de l’homme ; un bon modèle à mettre en place en Irak une fois que le marasme politique nous aurait laissé une place pour travailler en tant que mouvement politique.

Ma première affinité pour ce parti politique tenait principalement à la priorité qu’il accordait à la cause des femmes. Mais d’autre part, il se distinguait des partis élitistes par la manière dont il traitait des inégalités. Par exemple, en ce qui concernait une future réglementation du travail, non pas comme utopie, mais comme mode d’organisation, il y avait tant de débats au sein du mouvement des travailleur.s.es, même avant mon retour en Irak ! Il s’agissait de savoir comment ce parti devait agir auprès des travailleur.s.es, plutôt que de tenir un discours élitiste à propos des travailleur.se.s.

Ce sont donc tous ces débats réunis qui ont tissé la toile de fond de ma réflexion lorsque je suis revenue en Irak pour retrouver les camarades, dans le but de préparer le terrain à un nouvel avenir pour le pays, qui permette à la fois la réalisation d’une égalité économique et d’une égalité sociale. Et je savais à l’époque que mon combat était avant tout celui des femmes luttant pour l’égalité, en vue d’une monde meilleur.

Donc, lorsque les camarades ont commencé à établir le plan de l’organisation sociale des travailleur.s.es communistes en Irak, mon rôle était de fonder une organisation des femmes qui ne compromette pas le statut social des femmes (et bien entendu leurs droits économiques) et qui fasse entendre sa voie, en face des traditions et dérives misogynes qui existaient même dans les cercles de gauchos.

Avec un de mes collègues du parti – Nasik Ahmad, nous avons commencé à débattre de ce qu’il fallait mettre sous le terme ‘organisation’. D’après moi, c’était autour du mot ‘liberté’ que l’on devait construire quelque chose, sans craindre d’utiliser ce terme. Nous avions notamment le pressentiment qu’un avenir islamiste se préparait pour l’Irak. C’est ainsi qu’en 2003, nous avons arrêté un nom : l’Organisation pour la Liberté des Femmes, et non pas des femmes irakiennes, car toute femme qui vit dans cette ère géographique doit être considérée par cette organisation.

C’est donc en 2003 que l’Organisation pour la Liberté des Femmes a vu le jour en Irak, et je suis très fière d’avoir joué un rôle important dans sa création. Nos camarades, et plus particulièrement Muayad, nous ont aidé à rédiger cette déclaration dans laquelle nous avons défini l’avenir et assigné les tâches de cette organisation comme des buts à atteindre par l’analyse et la compréhension politique de tous les problèmes concernant l’émancipation des femmes. C’est de là que nous sommes parti.e.s. C’est de là que je suis partie, en 2003 à Bagdad, par la prise de position et la compréhension politiques, avec le soutien des camarades, de mon collègue Nasik Ahmed, et une troisième collègue, qui était restée à l’étranger. C’était là le tout début de l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak.

Depuis cette date et jusqu’à présent, nous avons vu s’écrire de nombreux chapitres de la lutte politique en Irak. Certains d’entre-eux était vraiment au cœur des débats, dans une société où la droite, la gauche et d’autres mouvements politiques se déchiraient autour de la question du droit des femmes. D’autres, plus concrets, portaient sur la manière d’approcher les problèmes rencontrés par les femmes : que faire lorsque l’on assiste à des trafics de femmes en Irak ? Que faire face à des problèmes dont ne se sont pas vraiment emparés les précédents mouvements de gauche, comme les crimes d’honneur commis contre des femmes, qui n’étaient pas encore comptés au nombre des problèmes soi-disant féministes ? Nous avons donc traversé de nombreuses luttes, en nous demandant par quoi commencer, comment y travailler, comment joindre la vie politique à la vie organisationnelle et comment convier plus de femmes à rejoindre cette organisation, tout en gardant le cap sur l’émancipation des femmes, pour que ces dernières soient les forces révolutionnaires de notre société. Nous avons donc travaillé dans un contexte très exigeant, parce qu’il faut toujours coopérer avec les autres mouvances féministes qui vous entourent, la plupart partageant une compréhension bourgeoise ou libérale du problème des droits des femmes. Il y avait donc de nombreux défis à relever, mais depuis cette date jusqu’à aujourd’hui, nous avons persisté, et nous sommes considéré.e.s comme l’aile progressive la plus à gauche du mouvement des femmes irakiennes.

Anaïs : Peux-tu préciser combien de femmes font aujourd’hui parti de l’OWFI en Irak?

Yanar : Il est difficile d’arrêter des chiffres, mais il est sûr que notre présence est plus forte à Bagdad, notre QG. Notre seconde antenne est à Samarra5, qui représente dans cette partie de l’Irak un îlot entouré par l’État islamique. Notre troisième antenne est à Basrah6, où notre activité mobilise plus de femmes syndicalistes que de femmes activistes, si je peux m’exprimer ainsi. Enfin, notre quatrième antenne est à Hawijah7, dans un zone entièrement contrôlée par l’État islamique, et nous y agissons d’une manière spécifique, car nous avons à faire à des générations d’enfants victimes de la guerre. Dans chaque région d’Irak, nous adaptons notre discours pour affronter les problèmes qui lui sont spécifiques, en menant un travail d’équipe. Mais dans chacune de ces villes, notre entreprise repose sur le rassemblement communiste des travailleur.se.s qui partagent notre vision politique, nos analyses et notre projet de réunir plus de femmes dans le mouvement.

C’est difficile à dire, mais je pense que le nombre d’activiste est de l’ordre de quelques centaines. Je parle là des groupes les plus actifs de l’OLFI, qui partagent vraiment les buts poursuivis par l’organisation et qui s’efforcent de prendre part à la lutte menée par l’OLFI.

Marie : Ok, très bien. Puis-je ajouter, pour préciser, que tu es membre du comité central des travailleur.se.s du parti communiste ?

Yanar : Suite à mon retour en Irak, en 2003, j »étais très enthousiaste de trouver un tel parti et de pouvoir lui consacrer toute mon énergie, d’autant plus que j’avais vécu là-bas une grande partie de ma vie sous une dictature. Mais sur les questions de l’organisation et de la vie militante, je n’y connaissais vraiment rien. Après la première conférence que nous avons organisé en Irak, les camarades m’ont poussé à devenir membre du comité central. Cela m’a vraiment lancé pour de bon dans la vie politique et j’ai eu de la chance de pouvoir jouer un tel rôle, notamment pour renforcer mon travail auprès des femmes. Cette conférence a eu lieu en 2005, et je suis membre du comité central depuis cette date.

Marie : D’accord. Peut-être qu’il est temps d’aborder la situation actuelle en Irak. Serait-il possible de nous expliquer quelles sont les forces présentes sur le terrain ? Notamment en ce qui concerne les forces impérialistes et nationalistes.

Muayad : Pour le moment, la situation en Irak résulte des onze dernières années de l’histoire du pays. En effet, la chute de la dictature Baas a laissé place à un système instauré à la fin de la guerre par les Américains, et c’est l’administration américaine qui tirait les ficelles d’un pseudo‑gouvernement. Ce système, étant donné les règles du jeu en Irak, laissait le gouvernement du pays entre les mains de l’islam politique des Chiites et des Sunnites et des nationalistes kurdes et arabes. Tout cela pour dire que ce système repose sur des divisions sociales suivant avant tout des oppositions ethniques et communautaires.

Marie : C’est donc une coalition entre les Chiites et les Sunnites, et entre les nationalistes arabes et kurdes.

Muayad : Oui, c’est pour cela que nous le désignons comme un type de système politique à la fois islamiste et nationaliste. Dès le début, cela a été arrangé en vue de diviser la société d’après des regroupements et des appartenances ethniques et nationales. Ils se sont ensuite rassemblés dans une coalition, qui n’avait d’autre but que de de partager la richesse et le pouvoir de la société d’après cette division communautaire et sectaire. Ce système, en place depuis 2004 je crois, un an après l’administration américaine du pays, a favorisé la guerre, le meurtre et les massacres perpétrés durant les onze dernières années par les groupes terroristes. Le nombre des victimes s’élève à un million ou plus : tous ces gens ayant été tués et massacrés en Irak.

Donc dans ce système, les conflits entre les partis nationalistes et les partis islamistes ont continué sans répit durant les onze dernière années. Mais après un certain temps, nous avons pu voir en Irak le camp des partis politiques et des forces d’opposition se développer dans deux directions : d’une part Al-Qaïda qui a pu s’établir dans la région sunnite en lien avec les forces de l’ancien régime baassiste, des nationalistes arabes ; et d’autre part les forces nationalistes arabe et islamiste, j’entends par là une sorte de mélange entre le nationalisme et l’islamisme. Ces derniers ont réunis leurs forces et sont devenus le principal pouvoir d’opposition au gouvernement dans ces régions. En 2005, des élections ont eu lieu. Ce sont les partis chiites, tenant de l’islam politique, qui ont rassemblé le plus grand nombre de votes. Ils avaient donc la main mise sur le gouvernement, en coalition avec le gouvernement spécifique du Kurdistan. Dans cette région, le système politique est aussi régi par des élections, et les plus gros partis – PDK8 et PUK9 – ont réunis la majorité des votes. C’est donc le contrôle de tout le système politique irakien qui reposait dans les mains de ces deux blocs, organisés en partis politiques : les partis de l’islam politique chiite et les partis du nationalisme kurde, tout particulièrement le PDK, qui est basé à Erbil10, la capitale.

Ainsi, les nationalistes arabes et les Sunnites appartenant à l’Islam politique ont été tenus à l’écart du gouvernement du pays, et ce fut à nouveau le bain de sang. Par la suite, les contradictions que de telles violences impliquaient, ainsi que les désastres auxquels l’Irak a dû faire face, ont créé les conditions d’un départ des forces des Nations Unies, des forces américaines et anglaises en 2011.

Puis le gouvernement Maliki11, qui appartient à l’Islam politique chiite, a durci sa ligne pour verser dans le despotisme et la dictature, au point de faire tomber le pays dans un profond chaos. Des dissensions et des troubles éclatèrent de toutes parts, entre ces différentes régions à l’est de l’Irak, au nord et au nord-ouest, ce qui engendra à nouveau toute une série de meurtres et de massacres. Dans tout ce marasme, Mossoul12 n’a cessé d’être une zone très problématique. Une telle situation convergea au mois de juin passé vers la prise de contrôle de cette ville par les forces de Daech, ou État islamique, qui était déjà bien installé en Syrie. A partir de ce moment, en juin, la carte politique de l’Irak fut complètement redessinée.

Marie : En quel sens ?

Muayad : En fait, cela leur a permis de devenir une force très puissante en Irak, au point de menacer la sécurité du pays tout au long de la frontière de 1000 km avec le Kurdistan, autour de Bagdad et d’un grand nombre de villes et de régions aux alentours des territoires qu’ils contrôlent désormais. Ils se sont emparés de Tikrit13, de Baiji14, de certaines zones de Baiji, et contrôlent Mossoul en sa totalité. Ils se lancent à l’assaut de Sinjar15, de Senghal. C’est ainsi qu’ils ont initié cette série de massacres, de tueries et d’atrocités.

Anaïs : Je me permets de poser juste une question. Vous vous êtes opposés à l’intervention militaire des Etats-Unis en 2003. Quel rôle ont-ils joué tout au long de cette longue décennie ?

Muayad : Pour le moment, je me suis contenté de décrire la situation. Il me faut maintenant revenir sur son analyse. Toute cette situation découle de l’intervention américaine. Ce fut le point de départ de tous les problèmes. Ils ont envahis l’Irak pour mettre en place un système politique désastreux fondé sur des divisions sectaires et ethniques. Dans ce qui s’est ensuite passé, force est de reconnaître qu’ils ont dû essuyé une défaite en Irak. L’occupation américaine en Irak fut aussi un désastre pour eux, et ils se sont vus contraints de quitter le pays. C’était en 2011. En juin 2014, ils sont revenus en Irak sous prétexte de bombarder Daesh. Et aujourd’hui, les Etats-Unis, les puissances occidentales et l’OTAN déterminent la ligne politique de l’Irak bien plus profondément qu’il y a trois ans. Ils plantent déjà le décor, dans cette situation actuelle, pour une ou deux décennies des mêmes bains de sang, des mêmes incertitudes, de la même insécurité régnant dans la région, et se donnent déjà les garanties de leur propre pouvoir et des projets politiques qu’ils entendent poursuivre en Irak et au Moyen-Orient. On peut donc dire que l’ensemble de cette situation est avant tout un produit de l’intervention américaine en Irak.

Mais c’est aussi un produit de l’Islam politique et des partis nationalistes présents en Irak, représentants les principales forces traçant les contours de la politique au sein du pays. Cela étant, nous ne devons pas oublier les puissances spécifiques qui s’affrontent à travers ces deux forces. D’abord, nous avons la ligne turco-saoudienne, soutenue par les Etats-Unis, l’OTAN, dans laquelle se range Israël d’une façon ou d’une autre. Dans les rangs de l’autre camp, nous trouvons l’Iran, et Assad en Syrie soutenu par la Russie et la Chine. Ces deux camps impérialistes interviennent dans la politique en Irak, intensifiant leurs actions depuis les deux dernières années durant lesquelles le rôle joué par l’Iran dans le tracé de la ligne politique du pays fut considérable. Cela s’explique à partir de l’hégémonie de l’Islam politique chiite dans la politique du gouvernement irakien. Toute cette situation en Irak peut donc être vue comme la manifestation de ces affrontements entre deux camps impérialistes au sein de l’Irak, sans oublier le rôle central joué par les évolutions du conflit syrien.

Pour résumer, il faut noter que Daesh contrôle à présent un tiers du territoire et que la majorité du gouvernement est issue des partis de l’Islam politique chiite. Ces derniers essayent aussi de mettre en place un nouveau gouvernement de coalition avec les nationalistes kurdes, mais aussi avec une partie des nationalistes arabes appartenant à l’Islam politique sunnite. Cette coalition est représentée par le gouvernement Abadi16, sous l’égide des Etats-Unis et de l’Iran. C’est là un signe de l’incertitude qui pèse encore sur le fonctionnement d’une telle coalition. Nous devons très probablement nous préparer à affronter une nouvelle décennie de bains de sang, d’incertitude et d’insécurité. C’est ainsi que la situation a été mise en place par le camp de la bourgeoisie.

Cependant, reste à interroger la place de la classe des travailleur.s.es, c’est-à-dire de la majorité des gens qui souffrent de cette situation afin qu’ils puissent jouer leur rôle politique et tracer une autre voie pour la politique en Irak. En tant que parti politique et organisation sociale travaillant dans ce pays, notre but est de mobiliser ce troisième camp – une force qui repose sur l’appartenance de classe – en lui donnant les moyens de lutter. Il s’agit de le rendre assez puissant pour pouvoir intervenir politiquement et transformer la politique irakienne.

Marie : Ok. Yanar, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Yanar : Bien sûr, mais je préfère souvent simplifier un peu les choses pour me les rendre plus compréhensibles. Pour proposer ma lecture de cette carte très complexe, je dirais que l’occupation américaine de l’Irak a confirmé ceci : les partis politiques soutenus n’ont rien à voir avec les luttes des travailleur.s.es. Toutes les tendances politiques bourgeoises œuvrant sur le terrain ont été soutenues et renforcées, qu’elles soient islamistes ou nationalistes et ethniques. Et même ces tendances politiques qui n’étaient pas des partis politiques développés ont été soutenues par la classe au pouvoir en Irak et donc en fin de compte par la classe bourgeoise.

Bien que les partis nationalistes kurdes étaient déjà au pouvoir, les Américains ont dès le début choisi de les soutenir, tandis qu’au centre et au sud de l’Irak, les groupes nationalistes arabes de Sadam ont été démis du pouvoir durant l’occupation pour être remplacés par les partis islamistes chiites. Alors qu’ils étaient déjà plus ou moins présents au Parlement, les groupes nationalistes arabes ont été au bout du compte marginalisés et refoulés dans la partie occidentale de l’Irak. Cette région, d’où sont nés les partis nationalistes de Sadam, fut elle-même marginalisée par les partis islamistes chiites dirigeants sous prétexte qu’elle était sunnite. Ce sont donc les conflits entre ces deux groupes en Irak qui ont été en grande partie déclenchés par la faveur des américains pour le parti dirigeant. D’un tel choix découlèrent les prémisses d’un face à face sectaire, ayant lui-même mené à une guerre civile dont le peuple irakien a terriblement souffert.

Tous les partis politiques qui ont été soutenus et choisis depuis 2003 jusqu’à aujourd’hui étaient des partis bourgeois sans lien avec la lutte des travailleur.s.es. On assiste en Irak à une lutte de pouvoir entre ces groupes Et le renforcement de l’islamisme chiite, de son despotisme et de son oppression contre la partie occidentale de l’Irak a favorisé le développement d’une résistance, et a participé à sa transformation. Du nationalisme arabe qu’elle était à l’origine, elle est devenue une opposition islamiste de type sunnite. Sa deuxième génération est alors passée de l’étape Al-Qaïda à Daesh, devenu le parti islamiste d’Irak faisant le plus parler de lui. Les chefs de file de Daesh étaient enfermés dans la prison américaine de Baqubah où ils ont été soumis à la torture de nombreuses années.

Après être sortis pour aller rejoindre le front syrien, en travaillant avec les groupes islamistes en Syrie, ils sont revenus en Irak pour transformer un tiers du pays en l’enfer quotidien que connaissent désormais le peuple, la communauté, les femmes, en commettant des crimes dont même les guerres mondiales n’avaient pas été témoins.

On comprend désormais que l’impérialisme américain a soumis le peuple irakien a une double oppression : celle du gouvernement islamiste chiite et celle de l’opposition de Daesh dans la partie ouest du pays. Le peuple irakien est donc abandonné à sa détresse, devant accepter toute intervention que les Etats-Unis peuvent bien proposer pour le pays. Les gens se sentent démunis et n’ont pas la force de refuser ces interventions militaires, car ils ne peuvent pas attendre de meilleur secours de la part des membres de Daesh, qui font tant parler d’eux. Tous savent bien pourtant que le bombardement des villes de l’ouest du pays ne parviennent qu’à tuer des civils, à détruire les maisons de centaine de milliers de personnes, qui les ont déjà délaissées pour se réfugier ailleurs, et ne reviendront – si jamais ils le peuvent – que pour retrouver des tas de ruines. Ils savent donc que ces interventions militaires n’améliorent pas véritablement leur situation.

J’aimerais donc résumer tout cela par deux résultats auxquels nous ont conduits ces forces politiques. Tout d’abord, le fait que la guerre impérialiste américaine menée en Irak a dépossédé les Irakiens au point de les faire tomber dans la plus grande pauvreté, tout en créant la bourgeoisie de la zone internationale17, bénéficiant d’une richesse et d’une distinction sans précédent d’avec la classe des travailleur.s.es en Irak. C’est là la première chose qu’ils nous ont léguée. La deuxième concerne les mouvements politiques qui ont été créé grâce au soutien de l’impérialisme américain : ceux-ci sont sans conteste inhumains dans leur manière de traiter les gens. Leurs champs de batailles et leurs trophées de guerre se résument au nombre de vies irakiennes perdus dans ces conflits. Il suffit d’allumer le poste de télévision pour voir à chaque fois s’enchaîner les massacres d’Irakiens résultant de ces batailles.

Parvenu à cette situation, le peuple irakien demeure donc extrêmement vulnérable et soumis au bon vouloir de ceux qui lui offrent leur protection contre Daesh. Nous avons atteint un degré d’incapacité politique à faire face à la situation dans laquelle nous sommes plongés, qui reste extrêmement critique pour le moment.

Marie : Je souhaiterais pour continuer que vous nous proposiez votre analyse de la révolution syrienne.

Muayad : Nous savons tous ce qui est arrivé en Syrie : au départ, les gens ont essayé d’entreprendre une révolution victorieuse, à l’instar de ce qui s’était passé en Tunisie et en Égypte. Ce mouvement est directement l’effet de ces révolutions dans cette région. Cela a commencé, il me semble, en mars 2011, trois mois après. Il y a donc directement un lien. A vrai dire, il y a d’abord eu un mouvement de masse en Syrie, et on pouvait voir à la télévision que ces gens revendiquaient dans leurs slogans l’unité du combat de tout le peuple syrien. Ils ont essayé de mettre en œuvre une vraie révolution.

Malheureusement, tellement de facteurs ont concouru pour changer le cours des événements syriens et donner une autre direction à la révolution. Celle-ci, telle qu’elle éclata durant cette première étape, ces premiers jours, fut mise en échec. La situation s’est militarisée et de nombreuses forces réactionnaires ont fait leur apparition sur le champ de bataille en Syrie, dans presque tout le pays. Bien évidemment, c’est le régime de Bachar qui, dès le début, s’est occupé du sale boulot afin de militariser cette confrontation. Lui et ses hommes savaient dès le départ qu’ils ne pourraient plus se défendre si le mouvement de masse prenait de l’ampleur. Ils ont donc fait tout ce qu’ils pouvaient pour militariser les affrontements, et on pourrait le prouver à partir de nombreux détails dans ce qui s’est passé. C’est un régime brutal, et on sait que 200 00018 personnes ont été tué au cours du désastre, de la catastrophe qui s’en est suivi pour la Syrie.

D’un autre côté, les forces spécifiques de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, bénéficiant du soutien des États-Unis, de l’OTAN et des puissances occidentales, ont en même temps saisi l’opportunité de pouvoir intervenir dans la politique syrienne. Alors que l’Armée Syrienne Libre19 existait déjà, ils ont apporté leur soutien aux groupes islamiques, les ont financés, et leur ont fourni un soutien logistique, bref, tout ce dont ils avaient besoin. Ils ont donc changé artificiellement le cours de la révolution en Syrie. Dès les premiers jours, ou plutôt les premiers mois, la révolution syrienne a été tenue en échec. C’est là ce que nous appelons le « scénario noir » en Syrie. Il suffit de voir que ces forces islamistes contrôlent maintenant plusieurs parties du pays20, tandis que la dictature profite de cette situation pour tuer tout le monde et faire couler le sang. C’est pourquoi nous pensons qu’il n’y a pas aujourd’hui de processus révolutionnaire. Celui-ci a pris fin, et on peut le montrer à l’aide de critères bien précis. S’il est vrai qu’un début de révolution a vu le jour, ce sont ensuite d’autres puissances et d’autres forces qui sont entrées en scène pour décider de la politique de ce pays. Affirmer que le processus révolutionnaire est encore à l’œuvre, ce serait proposer une analyse vraiment mauvaise et non réaliste de la situation. Il faut bien se mettre d’accord sur ce point. Pour le moment, il n’y a pas de révolution en Syrie.

Les forces présentes sur le terrain en Syrie sont des forces réactionnaires. L’État islamique est sans aucun doute le premier ennemi de l’humanité, et c’est par les forces de l’humanité, par les forces de la classe des travailleur.s.es, par toutes les forces progressives de la Terre, qu’il doit être vaincu. De plus, les autres forces qui entrent en scène sont liées à des gouvernements de la région, de même que le régime de Bachar al-Assad est lié à l’Iran, à la Russie, etc. Le scénario qui se déroule en Syrie est donc des plus sombres. Voilà notre manière d’appréhender la situation en Syrie : nous ne croyons pas qu’une révolution a vraiment eu lieu.

Yanar : Je n’ai pas grand chose à ajouter, à part montrer comment cela se traduit du côté des femmes. Au début, durant la révolution en Syrie, on pouvait voir les femmes révolutionnaires occuper la rue, faisant entendre leurs slogans révolutionnaires, s’échinant à nous débarrasser de la dictature. Autant de choses qui nous avaient tous et toutes rendu.e.s enthousiastes de soutenir leur combat progressiste. Finalement, lorsque les forces contre-révolutionnaires sont entrées en scène pour prendre contrôle de la situation, des histoires ont commencé à se répandre au sujet du rôle qu’elles accordaient aux femmes, devenues les victimes de ces groupes militaires au service des plaisirs des combattants d’ISIS, ou d’autres combattants islamistes. Tout le monde a commencé à frémir devant des termes comme « Jihad al Nikah », signifiant le Jihad du plaisir, faisant des femmes des…

Marie : Esclaves du sexe…

Yanar : … des prostituées victimes de cette guerre islamiste. Cela nous a donné une idée de ce que pourrait être le futur de la région, une fois sous leur contrôle. La première fois que nous avons entendu ce terme, nous avons été saisi.e.s d’horreur, mais ce n’était qu’un prémisse de qui qui arriverait par la suite, avec ce que Daesh ferait dans des lieux comme Sinjar et les villes de l’Est du pays.

Marie : Là où ils réduisent les femmes en esclavage.

Yanar : A Sinjar, ils traitent des communautés avec la plus extrême cruauté, sous prétexte que leurs membres ne croient pas au même Dieu, qu’ils ne sont pas … Comment dit-on le fait de ne croire qu’en un Dieu ?

Anaïs : Monothéiste.

Yanar : Oui, ils estiment que les Yezidis ne sont pas des croyants monothéistes, et ils s’arrogent le droit d’être aussi cruels que possible, pour aller jusqu’à décapiter la plupart des hommes et de réduire leurs femmes en esclavage. On en est parvenu à de telles extrémités que dans un même quartier, il arrive parfois qu’un homme achète une femme Yezidi qui cohabitait avec lui, pour l’utiliser comme esclave dans son foyer.

ISIS a fait de ses combattants et de ses partisans de véritables monstres. Le basculement de la révolution en Syrie a ouvert la voie à ces exactions monstrueuses contres les communautés du moyen-Orient. En Irak, nous avons tous et toutes été horrifié.e.s par le génocide commis contre les Yézidis et la réduction en esclavage de près de 1500 femmes – même s’il est difficile de donner un chiffre exact. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une armée de femmes qui sont utilisées comme des esclaves sexuelles. Ce sont des femmes Yézidis, mais pas seulement. Il y a aussi des femmes de Tall’Afar21 et de certaines villes de l’Ouest. C’est avant tout le cas des Yézidies qui est médiatisé, car on a affaire à toute une communauté, tandis qu’il y a aussi des centaines de femmes de Tall’Afar qui ont été réduites à l’esclavage sexuel et violées devant les yeux de leurs maris, par les forces d’ISIS qui ont employé des méthodes politiques et des traitements tristement célèbres sans précédents en Irak.

Ce sont des groupes politiques qui sont nés à la suite de cette soi-disant « révolution » syrienne, en ayant profité du marasme politique pour faire de la région une zone de plus en plus difficile à appréhender. Si l’on essaie de penser au futur de socialisme, et à la manière d’organiser un mouvement progressiste, on peut se sentir désarmé.e devant une telle situation politique, sans trouver aucune prise solide ni porte d’entrée vers une lutte à venir, même si les raisons de la mettre en œuvre sont d’autant plus forte.

Marie : Je voudrais souligner la situation des Rojavas. Nous avons beaucoup entendu parler de l’exemple de Kobane22, de sa résistance bien connue. Je voudrais savoir quel rôle, selon vous, le communiste devrait jouer dans le régime Rojava23.

Muayad : Nous parlons donc désormais de la résistance du peuple ?

Marie : C’est cela, nous parlons de la résistance du peuple, mais aussi du système politique que le PKK entend développer dans cette région.

Muayad : La priorité des gens dans cette région, c’est la menace de Daesh qui pèse sur eux. Ce n’est pas que Kobane qui est concerné. Tous ces endroits du Kurdistan syrien, le Rojava comme tu l’appelles, ont été menacés par Daesh. Ils font donc face à la menace immédiate d’être attaqués et soumis au contrôle de Daesh. Toute personne vivant dans cette région, qu’elle soit, communiste, travailleur.se ou qui que ce soit d’autre, fait face à cette menace. La tâche immédiate qui incombe à chacun d’eux et chacune d’elles est donc de se donner les moyens de lutter pour vaincre cette menace. C’est là le plus important. Nous devons y faire face en Irak et au Kurdistan. Auparavant, nous avons été sous la menace du régime Baas. Lorsque l’on est attaqué, vaincre l’agresseur reste la priorité, et je parle désormais en particulier de la menace de Daesh.

Ceci étant dit, la société ne peut pas être défini à partir de cette résistance. Bien qu’elle soit en état de siège et qu’elle vive sous cette menace, cette société du Kurdistan syrien reste une société composée de classes, de gens, de femmes, de jeunes gens, de différents intérêts et de différentes tendances politiques. On ne peut donc pas tout vouloir définir à partir de cette résistance. Certes, la priorité est de résister à cette menace. Mais cela ne vous empêche pas d’appartenir à votre propre organisation politique, d’avoir votre propre liberté politique, vos propres exigences sociales, vos propres exigences de classe, et tout le reste. Tout cela doit aussi rester votre priorité au sein des domaines dans lesquelles vous œuvrez. Et cela doit être accepté par tous ceux qui cherchent vraiment à vaincre Daesh, sous la menace de Daesh. Donner cette liberté aux gens reste le moyen le plus important pour parvenir à lutter contre Daesh. Tu vois, c’est dialectique, il y a une relation entre les deux. C’est là quelque chose à la portée d’un.e communiste, en œuvrant des sur les deux fronts : tout d’abord vaincre la menace Daesh et ensuite maintenir, préserver et continuer la lutte sociale au sein de ces communautés, en ayant la liberté politique de lutter, de se faire entendre, etc. Et chacun doit être libre, égal, et bénéficier de tous ses droits. C’est là l’enjeu.

Il reste la question de Kobane, qui reste un exemple modèle. Excuse-moi, est-ce que tu veux que j’intègre ici le cas de Kobane dans notre problème ?

Marie : Je pense que c’est bien d’en parler.

Muayad : Kobane a tenu tête à Daesh, et les gens se sont mobilisés, quelque soit l’organisation ou le pouvoir politique qui a supervisé cette résistance. C’est librement que des hommes et des femmes ont entrepris de résister contre la menace de Daesh. Et ce modèle est un très bon exemple, il devrait être mis en œuvre partout ailleurs. Les communistes devraient lui apporter leur soutien. Mais cela n’autorise pas à manipuler ce modèle pour des raisons politiques, en vue de donner le pouvoir à d’autres partis qui contrôlent afin de contrôler toute la région24. C’est la lutte des classes politique au sein de la société qui doit décider de l’avenir politique de cette région, de son destin. Celui-ci doit rester ouvert. Il faut à tout pris éviter d’instrumentaliser la résistance contre Daesh en vue de prendre le contrôle de la région.

Marie : C’est déjà… l’heure. Il restait une question très importante. Comment pouvons-nous, en France, mettre en œuvre une solidarité concrète ? Et enfin, une question plus positive : est-ce que vous croyez encore en la possibilité de bâtir un monde meilleur, malgré le chaos, pour la classe internationale des travailleur.s.es ?

Mais il ne nous reste que cinq minutes pour répondre à toutes ces questions !

[Rires]

Muayad : Nous devrions probablement laisser ça pour plus tard, dans la soirée.

Yanar : Par exemple l’intégrer à la conférence de ce soir.

Marie : Oui, ce serait la solution….

Propos recueillis le jeudi 6 novembre 2014,

1-Parti Communiste Ouvrier d’Irak.

2-Ayant gagné son autonomie suite à la chute de Saddam Hussein, la Constitution d’Irak reconnaît l’indépendance politique de cette région du Nord du pays depuis 2005.

3-Le Baas est un parti politique d’origine syrienne, qui revendique un panarabisme de nature socialiste et laïque dans la lutte pour l’indépendance. La prétention socialiste est vite remplacée par un nationalisme, et les coups d’Etat qui permettent la prise de pouvoir en 1963 en Syrie et en 1968 en Irak mettent en place progressivement les dictatures militaires de Hafez al’Assad et de Saddam Hussein.

4-Plutôt que de renverser Saddam Hussein, la coalition de l’OTAN qui repousse l’invasion irkaienne du Koweit décide en 1990 de soumettre le pays à un embargo économique sur le pays qui détruit l’activité industrielle et affame la population pendant une douzaine d’année. Outre les terribles pertes civiles causées par la famine (estimées à un million), cet embargo a aussi servi les intérêts économiques de certains groupes pétroliers – notamment Total – dans le cadre du programme de l’ONU « Pétrole contre nourriture ».

5-Ville d’environ 200 000 habitants à sur la rive est du Tigre dans la province de Salah ad-Din, à 125 km au nord de Bagdad.

6-Aussi appelée Bassora. Deuxième ville d’Irak qui compte 2 300 000 habitants. Principal port du pays, la ville est située sur le Chatt-el-Arab, estuaire commun des fleuves Tigre et Euphrate, à 55 km en amont du golfe Persique et à 550 km au sud Bagdad. Les syndicats mentionnés sont particulièrement présents dans l’industrie pétrolière.

7-Ville à majorité sunnite, de 450 000 habitants, à 300 km au nord de Bagdad dans la province de Kirkouk.

8-Parti Démocratique du Kurdistan, de centre-droit, conservateur et nationaliste. Grâce à une coalition des divers partis de droite, il détient aujourd’hui la majorité au parlement, et reste principalement implanté au nord de la région.

9-Union des Patriotes du Kurdistan, de centre-gauche, social-démocrate et nationaliste. Il est né du scission du PDK, et reste principalement implanté au sud de la région.

10-Ville de 1 500 000 habitants, qui est aussi la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, à 80 km à l’est de Mossoul.

11-Gouvernement chiite, dirigé par Nouri al-Maliki de 2006 à 2014, tenant d’un islamisme conservateur qui nourrit l’opposition des communautés sunnites. Il a bénéficié d’un fort soutien de Washington dans la constitution d’un prétendu « état de droit », qui s’apparente plutôt à un régime religieux, conservateur et autoritaire.

12-Ville de 1 500 000 habitants, sur la rive du Tigre, à 350 km au nord de Bagdad. Elle est au main de l’EI depuis juin 2014.

13-Ville de 160 000 habitants situé sur le Tigre, entre Bagdad et Mossoul. Prise par les forces de l’EI en juin 2011, mais aujourd’hui récupérée par l’armée irakienne, depuis mars 2015.

14-Ville de 200 000 habitants du Nord de l’Irak, à proximité de Mossoul. C’est un centre industriel et énergétique, doté de la plus grande raffinerie pétrolière du pays. Prise par l’EI en juin 2014 et partiellement récupérée par l’armée irakienne en novembre 2014.

15-Ville de 310 000 habitants du Nord-Ouest de l’Irak, dans la région administrée par le Kurdistan. Elle est assaillie par l’EI en août 2014, qui provoque la fuite de dizaine de milliers de Yézidis. Elle sera reprise en novembre 2015 par les peshmergas kurdes.

16-Du nom du chef de gouvernement, Haïder al-Abadi, qui remplace al-Maliki depuis septembre 2014.

17-La zone internationale, ou « zone verte », est une forteresse de 10km2 du centre de Bagdad, où réside la haute bourgeoisie et les dignitaires du pouvoir. Depuis 2003 et suite à la persistance des attentas à la fin de la guerre, elle est hautement protégée par une entreprise londonienne spécialisée dans la sécurité : construction de murs bétonnés et de barbelés. Elle abrite désormais la plupart des représentants internationaux, et regroupe les ambassades étrangères en son sein.

18-Aujourd’hui, un an et demi plus tard, ce chiffre s’élève à 470 000 victimes, 11,5% de la population tuée ou blessée et 45% de la population déplacée (d’après un rapport du Syrian Centre for Policy Research daté du 11 février 2016).

19-L’ASL est une organisation regroupant un ensemble de groupes armés combattant contre de régime de Damas et contre les islamistes d’al-Nosra et de Daesh. On y trouve diverses factions aux orientations politiques variées, laïques ou religieuses, socialistes ou libérales. Leur terrain recule de plus en plus, devant le soutien international apporté par Moscou et Téhéran à Bachar al-Assad.

20-Aujourd’hui, ces possessions ont beaucoup reculées, pour se réduire à une large bande dans le désert au nord-est du pays. De nombreux territoires à la frontière turque ont été récupérés par les peshmergas kurdes depuis la résistance de Kobané.

21-Ville de 170 000 habitants au Nord-Ouest de l’Irak, à 70km de Mossoul.

22-Ville kurde de 45 000 habitants du Nord-Ouest de la Syrie, proche de la frontière turque, reconquise par les YPD forces armées du PYD (parti de l’union démocratique kurde) en janvier 2015. Cette victoire a marqué le début du recul des forces de l’EI en Syrie, et la consolidation d’un territoire kurde indépendant.

23-Nom donné au Kurdistan occidental occupant le nord de l’ancien territoire syrien.

24-Notamment le PYD, parti de l’union démocratique des kurdes de Syrie, très proche du PKK.

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