25/10 : Projection d'Ouvrir la voix d'Amandine Gay suivie d'un échange avec la réalisatrice

Dans le cadre de Novembre Libertaire, Table Rase invite au cinéma Opéra Amandine Gay pour présenter son dernier film : Ouvrir la voix.
Suite au documentaire un échange et un débat aura lieu avec la réalisatrice.
Ouvrir la Voix est un documentaire Afro-féministe. Il donne la parole pendant 120 minutes à celles qui sont le plus discriminées, invisibilisées. Elles abordent les violences que le système leur fait subir sur des sujets aussi divers que l’amour, le racisme, l’école ou le sexe.
Réalisé en deux ans entre la France et la Belgique, ce documentaire sort au cinéma le 11 octobre 2017.

Le film

« Ouvrir La Voix » est un documentaire sur les femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité « femme » et « noire ». Il y est notamment question des intersections de discriminations, d’art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration.

Amandine Gay‘Ouvrir La Voix’ est né de mon désir d’occuper l’espace public et d’expliquer pourquoi l’effacement des discriminations subies par les femmes noires en France et en Belgique est aussi problématique que politique. (…) ‘Ouvrir La Voix’ est ma façon de célébrer l’histoire de la résistance des femmes noires qui depuis le marronnage, en passant par la créolité, le panafricanisme, la négritude et l’afroféminisme ont toujours inventés des outils leur permettant
de ne pas être réduites au silence. Ce film est pour celles qui se sont battues avant nous et un témoignage pour celles qui viendront après nous.
Amandine GAY, réalisatrice


Le cinéma Opéra se trouve au 6 Rue Joseph Serlin, 69001 Lyon, métro Hotel de ville -Louis Pradel.
Séance le 25/10/2017 à 20h, durée 120 minutes.
Prix : normal : 7 euros, réduit : 5.5 euros (+65 ans, -18 ans, étudiants, chômeurs)

Journées d'été 2017 : programme

Comme tous les ans depuis maintenant 6 ans, Table Rase a organisé le week-end du 1, 2 et 3 septembre ses journées d’été. Une trentaine de membres et de proches intéressés ont répondus à l’appel.
Le programme des débats a été le suivant :

  • Féminisme : La reproduction de la force de travail (Groupe Féministe Matérialiste)
  • Histoire : La révolution russe (Union Pour le Communisme)
  • Société : Combattre les violences policières (Collectif Ali Ziri)
  • Actualité : Les ordonnances Macron, que sont-elles, comment les combattre ?

À cela s’ajoute une lecture de textes d’ Alexandra Kollontaï & Monique Wittig.

Colonialisme : lectures de Rosa Luxembourg & Frantz Fanon

Lors de la conférence du 12 novembre 2016 sur Rosa Luxembourg et le colonialisme par Dominique Poiré (du blog Comprendre avec Rosa Luxembourg), une lecture de textes de Frantz Fanon et de Rosa Luxembourg sur ce thème nous était proposé par Sabrina Lorre.
Les deux textes dont sont extraits cette lecture sont :

  • Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon (1952, Points/Seuil)
  • Martinique de Rosa Luxembourg (1902, Texte sur Marxist.org)

 

Soirée de solidarité au groupe Femmes Marocaines pour l'émancipation

Vendredi 9 juin à l’atelier des canulars (91 rue Montesquieu, Lyon 7)
Bouffe – rencontre – projection documentaire – bar

Programme :

  • 19h : bar et restauration prix libre. Au menu : soupe marocaine, houmous, Tsatsiki, thé à la menthe.
  • 20h15 : projection de « Casa Textile » 2010: les ouvrières du textile au cœur de la crise. Casablanca, capitale industrielle du Maroc, concentre la plus importante production du textile du Maroc. A travers leurs luttes, les ouvrières et ouvriers témoignent de leurs résistances dans le contexte de crise mondiale. Réalisation Souad Guennoun
  • 21h : Présentation du groupe féministe et skype avec une des militantes

Présentation du groupe Femmes Marocaines Pour L’émancipation  :

« Notre groupe est composé de femmes de différentes générations et différentes appartenances. Certaines d’entre nous sont étudiantes, d’autres syndicalistes, chômeuses ou militantes associatives. Nous avons pour projet de développer plusieurs axes :
– production d’une revue d’information et d’analyse sur les conditions des femmes,
– élaboration d’un matériel d’éducation antisexiste
– intervention dans les mouvements sociaux et syndicaux pour que la question des discriminations touchant les femmes soit présente
– ouverture de centre d’accueil et d’écoute pour les femmes victimes de violences -défense du droit à l’avortement libre et gratuit
– reconnaissance du combat LGTB »

Co-organisé par Association Tillandsia, Collectif des étudiant-e-s étrangers de Lyon, sans papiers et solidaires, Groupe Féministe Matérialiste, Super Féministes, Table Rase, Tahadi Emancipation démocratique -Maroc.

Christophe Darmangeat – rencontre autour du Profit déchiffré

Comptes rendus par un adhérent de la conférence de Christophe Darmangeat du 13/05/2017 autour du Profit Déchiffré.
Christophe Darmangeat est enseignant chercheur à Paris 7. Cette conférence a lieu dans le
cadre de son dernier livre « Le profit déchiffré » (éditions La Ville Brûle).
La conférence est filmée et sera postée sur la chaîne Youtube de Table Rase.

La conférence

Production dans la société capitaliste

La production, à la base, est un changement de qualité de matières premières (les ressources naturelles) vers un produit de meilleure qualité, par le biais d’un travail.
Dans une économie capitaliste, la production est évaluée par la génération de profit, en considérant la valeur des ressources et du produit : on n’évalue plus le changement de qualité mais le changement de quantité de valeur pour définir la production. Celle-ci est alors définie par la consommation intermédiaire (les ressources et les travailleurs) mais aussi la valeur ajoutée. Cette dernière sert à générer des salaires et des profits : comme les salaires font partie de la consommation intermédiaire car c’est une part irréductible de la production, seul le profit est un résidu de cette production.

Explications classiques sur la nature du profit :

  1. « On vend plus cher que ce qu’on achète » : oui en effet… ce n’est pas une explication mais une tautologie.
  2. « Le profit rémunère le risque pris par l’investisseur » : c’est un détournement de sens, le risque étant l’action des investisseurs sur ce qui pourrait ne pas rapporter de profits. Si un problème survient lors de la production, alors il n’y a pas de profit, mais la potentialité du problème ne génère aucune valeur.
  3. « Le profit rémunère l’abstinence, la renonciation à la consommation immédiate »: absurdité

Facteurs de production

Lorsqu’on remonte sur l’origine du capital, il est toujours dû à un travail passé.

Les facteurs de la production sont historiquement définis comme étant une terre, un capital et un travail.
Terre + Capital + Travail = Production
La théorie objective de la valeur travail revient sur ces 2 premiers facteurs. Le capital est en fait le fruit du travail passé. Lorsqu’on remonte sur l’origine du capital, il est toujours dû à un travail passé.
La terre n’est en fait pas importante dans cette équation : ce n’est qu’un support pour la production. Ce n’est pas parce que le travail a lieu sur une terre que cette terre est directement liée à la production (voir David Ricardo). Si on se place sur une terre avec un fusil pour taxer les passants, il y a transfert de valeur mais la terre n’en produit aucune en tant que telle. C’est la propriété sur la terre qui va générer une valeur pour le propriétaire.

Conclusions à tirer de la théorie objective de la valeur travail :

  1. La valeur c’est du travail
  2. Le capital ne fait que transmettre sa valeur
  3. Le travail ajouté crée de la valeur ajoutée

Pourquoi est-ce que les salaires ne captent pas le profit ?

Si les facteurs de production sont réductibles au travail seul, pourquoi est-ce que la rémunération du travail ne comprend pas les profits, la valeur résiduelle de la production ? Les salaires ne payent pas directement le travail effectué par les travailleurs, mais la capacité des travailleurs à travailler, i.e. celle de rester tel nombre d’heures activement au travail. On paye notre capacité à travailler alors qu’on travaille plus que ce dont on a besoin. Cette différence, au profit du patron, est nommée plus-value (ce qui est mauvaise traduction française).

Conclusions à tirer sur le profit :

  1. Exploitation du travail salarié : c’est l’appropriation gratuite d’une partie du travail.
  2. Exploitation sans contrainte extra-économique : la faim suffit à pousser les travailleurs à être exploités.
  3. Exploitation cachée par la forme du salaire, ou « prix du travail ».
  4. Les salaires sont régis par un rapport de forces sociales : seule la lutte des classes permet de définir les salaires : les travailleurs tentent de maintenir une rémunération la plus juste, les bourgeois tentent de la réduire au maximum.
  5. On ne peut mettre fin à cette exploitation qu’en abolissant le salariat, donc en supprimant la propriété privée des moyens de production.

Poussée à fond, cette théorie objective montre donc que le modèle d’économie capitaliste, la génération du profit, est basé sur l’exploitation des travailleurs.

La théorie subjective de la valeur

Les économistes bourgeois la rejette au profit de la théorie subjective de la valeur : si pour produire quelque chose j’ai besoin de terre, alors cette terre est utile et a donc de la valeur. De même, si mon capital à un instant T me permet de produire quelque chose, alors ce capital est utile. Le prix de chaque facteur de la production est alors en fonction de son utilité évaluée subjectivement.
La rémunération tirée de ces facteurs est alors :

  • La rente pour rémunérer la terre
  • Le profit pour rémunérer le capital
  • Le salaire pour rémunérer le travail

Conclusions tirées de la théorie subjective de la valeur :

1. Le marché paye chaque facteur de production en fonction de sa valeur, créée par son utilité.
2. L’exploitation n’existe pas : tout rémunération est juste car en fonction de l’utilité du facteur de production.
3. Le marché capitaliste libre est donc la forme d’économie la plus juste, la plus efficace, etc.

Conclusions

La théorie de la valeur est un enjeu politique. Qu’elle soit objective ou subjective est un débat entre les économistes. On notera que ces économistes ne font pas tous de la science.

Les questions

Le rôle de l’argent au sein de l’économie capitaliste

L’argent ne change rien au fond de la théorie de la valeur travail car il ne fait que représenter cette valeur qu’est le travail. Changer de système monétaire peut permettre d’agir sur certaines parties de l’économie mais pas sur le fond.

Sur la valeur de la terre

Peut-on oublier la terre comme un facteur de production alors que celle-ci peut être plus utile si par exemple elle est défrichée, travaillée, construite, comparée à une terre vierge ? Oui car toute cette valeur de la terre est toujours issue d’un travail passé, au même titre que le capital.

L’écologie au sein d’une économie capitaliste

cette économie étant particulièrement difficile à réguler et gouverner, chaque patron voyant midi à sa porte, les décisions nationales (réformes) et internationales (COP, protocole de Kyoto) sur la protection de l’environnement sont impuissantes face au patronat du monde entier. Les préoccupations écologiques sont totalement incompatibles avec une économie basée sur le profit et seule une politique anticapitaliste permettra leur résolution : « Pour être vert, faut être rouge ! » [NDR : à ce sujet, je me permet de recommander les textes de Murray Bookchin sur l’écologie sociale].

Les actions à mener contre cette économie capitaliste

Pour commencer, la collectivité doit récupérer les moyens de production en abolissant la propriété privée. Lorsque les travailleurs seront capables de mettre en commun leur production, on pourra rendre gratuit de plus en plus de choses nécessaires à la vie quotidienne, tout en faisant évoluer les mentalités sur le travail et l’économie, et de fil en aiguille parvenir au communisme (c’est une piste).

Le revenu universel

En distinguant le revenu universel et le salaire à vie, le revenu universel est une mesure inutile et soutenue par la droite, à la rigueur capable de prévenir de l’extrême pauvreté mais sans garantie des conditions de vie correcte et laissant les patrons imposer des rémunérations toujours plus basses. Le salaire à vie quant à lui est une idée trop indirecte, car il n’est possible de toute façon qu’à condition de récupérer les moyens de production, donc autant se concentrer premièrement là-dessus.

L’état du capitalisme à l’échelle mondiale

Il ne s’effondre pas mais il « étouffe dans sa graisse » et a du mal à avancer. Une illustration comparant les investissements au taux de profit sur les dernières décennies montrent que les investissements étaient auparavant très liés au taux de profit, mais que depuis les années 70 le taux de profit continue d’augmenter alors que les investissements sont en chute. (pour l’illustration, voir Michel Husson, Un pur capitalisme).

Le retour nationaliste d’une partie de la gauche

la bourgeoisie mondiale n’a pas encore choisi le protectionnisme (e.g. le MEDEF qui demande à Le Pen de bien se calmer sur la sortie de l’euro). Les discours sur la souffrance des travailleurs qui serait liés à la politique (et aux travailleurs) des pays étrangers (coucou Mélenchon) sont un poison pour la lutte sociale qui devrait unir les travailleurs du monde entier, car une révolution sociale n’aboutira qu’à l’échelle internationale.

Les Damnés de la Terre de F. Fanon

A l’heure où un syndicaliste policier explique à la télévision qu’il serait normal d’utiliser des expressions comme « bamboula », il est particulièrement intéressant de se plonger dans les écrits de Frantz Fanon. Son dernier ouvrage, les « damnés de la terre », est sans doute aussi le plus percutant. Publié en 1961, le livre aborde la question coloniale sous ses différents aspects : politique, culturel, militaire…. Il est utile de préciser que Fanon fut tout à la fois un acteur de la guerre d’Algérie, un acteur de la décolonisation sur tout le continent africain en tant qu’émissaire du gouvernement provisoire algérien et de par sa profession un acteur du mouvement anti-psychiatrique.

Le rôle de la violence politique

Les « damnés de la terre » est surtout connu pour son point de vue sur la violence – notamment en raison de la préface de J.P. Sartre. L’ouvrage revient longuement sur les ravages de la colonisation et des techniques contre-révolutionnaires. Un chapitre est ainsi consacré à des consultations psychiatriques en Algérie où Fanon donne la parole à ses patients. Ceux-ci témoignent de la brutalité entre colonisé-es ou contre eux-même. Mais depuis les « événements d’Algérie » le ressentiment – cause de la violence entre Algérienn-es – cible à présent les colons » : par les attentas et la guérilla, le sabotage ou par la « paresse » au travail.

L’édifice colonial n’est possible que par la négation totale de la société et de l’individu colonisé

Fanon constate que le monde colonial et le monde des colonisé-es sont irréconciliables, il en déduit l’impossibilité de la paix tant que la colonisation persiste. L’édifice colonial n’est en effet possible que par la négation totale de la société et de l’individu colonisé. « L’africain normal est un européen lobotomisé » dixit un « scientifique » de l’époque, dans le même genre on se souviendra des scènes édifiantes de Tintin au Congo. C’est cette négation – cette déshumanisation – qui permet d’imposer un régime autoritaire d’exception. Les colonisé-es sont donc contraint-es pour pouvoir s’émanciper de se débarrasser au sens propre de la colonisation. Les colons n’étant pas prêt à renoncer à leur intérêt et à leurs privilèges, la violence politique s’avère nécessaire. Fanon regrette le décalage entre les masses et les partis politiques locaux à ce sujet. Il explique que c’est une erreur pour ces derniers de se calquer sur le modèle des partis des États impérialistes. Les partis doivent être l’expression des masses, y compris quand elles ont recours à la violence.
Fanon pointe toutefois dans son livre les limite d’une violence trop spontanéiste, sans objectif précis, et justifie donc le rôle des partis qui doivent permettre de transformer le climat de violence en actes de violence politique : « notre mission historique, à nous qui avons pris la décision de briser les reins du colonialisme, est d’ordonner toutes les révoltes, tout les actes désespérés, toutes les tentatives avortées ou noyées dans le sang ».

Le rôle de la paysannerie

A la différence des États impérialistes, le sujet révolutionnaire dans les colonies n’est pas le prolétariat travaillant dans l’industrie mais les paysann-es pour F. Fanon. Comme dans la Russie de 1917, il faut préciser que l’agriculture était l’activité principale dans ces pays alors très majoritairement ruraux. Fanon observe le développement des bidonvilles, où se concentrent des anciens paysann-es sans travail qui n’ont plus rien à perdre. Ces mêmes bidonvilles qui ont aujourd’hui explosés sous l’afflux de paysann-es appauvris par les « mesures structurelles » du FMI et de la banque mondiale.
Cette nuance importante avec la lecture marxiste plus orthodoxe – qui fait du prolétariat des usines l’acteur primordial de la révolution (et à raison dans le contexte de l’industrialisation de l’Europe) – est l’une des causes évoquées pour expliquer la méfiance envers les luttes pour la décolonisation des partis ouvriers de la « métropole ». D’autant plus que les prolétaires de la « métropole » bénéficient eux aussi de l’exploitation des prolétaires colonisés, dans des proportions évidemment très modestes en comparaison de la bourgeoisie.

Le rôle de la culture

Si les « damnés de la terre » débute par la question de la violence physique, le livre aborde également celle de la culture. Fanon décrit l’importance des artistes et surtout des poètes (Senghor, Césaire etc.) pour la décolonisation. Cette fois-ci, c’est la violence des mots que le colonisé renvoi à la figure du colon. Avec le concept de « Négritude »,  le stigmate devient une fierté, l’insulte raciste une arme émancipatrice.

Le racisme est au départ en grande partie une légitimation du pillage des matières premières et de la sur-exploitation des colonisé

Fanon relativise la place de l’économie dans le contexte colonial par rapport à la place du racisme, et notamment au racisme déguisé en ethno-différentialisme où pour les colons la « guerre entre civilisations » compte tout autant que la « guerre entre races ». Le racisme – biologique puis culturel – est au départ en grande partie une légitimation du pillage des matières premières et de la sur-exploitation des colonisés au sein du système esclavagiste, dans le cadre de la phase d’accumulation primitive du capital. Cette idéologie fondatrice du colonialisme devient une fin en soi au service des intérêts des « blancs » tandis que les colonies sont réduites à devenir de simples marchés et de simples débouchés pour les capitaux impérialistes. D’où la préférence pour le maintien d’économies faibles, paternalistes et dépendantes plutôt que pour le développement d’économies rentables, modernes mais plus égalitaires.
En réponse à la culture raciste, Fanon met en garde contre deux écueils :

  •  développer une culture empruntée à celle des colons
  •  ou à l’inverse une culture folklorique et caricaturale synonyme de repli sur soi et d’une identité figée. Revenir à des œuvres artistiques folkloriques et à des clichés sur l’Afrique, ce serait succomber à une « racialisation de la pensée » imposée par le colon.

Il fait en revanche l’éloge de la culture quand elle prend les traits d’une « épopée ». Il considère ainsi la lutte de libération nationale comme «la manifestation la plus pleinement culturelle qui soit », indispensable pour « faire peau neuve, développer une pensée neuve ».

Le rôle du nationalisme

L’auteur n’hésite pas à critiquer le nationalisme et à en montrer les limites. A l’instar d’autres acteurs révolutionnaires, il note que cette idéologie aboutie à une politique inter-classiste. Surtout, il déplore que le nationalisme revienne à copier le modèle européen de l’État-nation. Il constate également les dérives des classes bourgeoises nationales qui ont pris le pouvoir dans les jeunes nations africaines « indépendantes », qui ont tenté de créer un capitalisme national (sans en avoir toutefois les moyens) et qui tendent à former des dictatures particulièrement atroces envers le reste de la population en cheville avec l’ancien État colon (ou d’autres blocs impérialistes selon les cas).

L’indépendance nationale est à ses yeux une étape nécessaire, préalable indispensable selon Fanon à une révolution au niveau mondial.

Mais Fanon reste néanmoins un farouche partisan de l’échelon national, de l’indépendance et du développement d’une « conscience nationale ». Pour lui, il s’agit d’un contre-poids à une ethnicisation des rapports sociaux et à une « balcanisation » de l’Afrique encouragée par les impérialistes et qui sont la cause de dramatiques guerres civiles comme au Katanga. L’indépendance nationale est à ses yeux une étape nécessaire, située entre la chute des empires coloniaux et la construction d’une unité africaine, préalable indispensable selon Fanon à une révolution au niveau mondial.

Les prémisses du néo-colonialisme, les débuts de la françafrique

RacismeDès le début des années 1960, Fanon a pressentie et analysé les conséquences des vagues d’indépendances nationales qui ont marquées la « décolonisation », ce « programme de désordre absolu ». Il montre comment l’impérialisme a su évoluer pour continuer à exploiter et à conserver sous sa chape de plomb les classes laborieuses de l’Afrique. C’est tout un système qui commence à prendre le relais sous ces yeux à base de corruption, de réseaux d’influences, de techniques répressives contre-révolutionnaires, de soutien aux pires dictatures, de dépendances technologiques et de présence militaire… dans le but de préparer le terrain pour les entreprises capitalistes qui imposent progressivement de plus en plus leur présence sur place.

Fanon (F.), Les Damnés de la Terre, Edition Maspéro, 1962.
Réédition La découverte

08/04/17 – "La révolution n'est pas un diner de gala !" avec Charles Reeve

Rencontre – débat, retour critique sur la Chine maoïste et la révolution culturelle

Le maoïsme a su séduire largement au cours des années 60 et 70. Des staliniens les plus autoritaires aux libertaires les plus autogestionnaires, en passant par les blacks panthers, ils sont nombreux à s’être revendiqués de cette forme spécifique de capitalisme d’État. Le mouvement maoïste a gagné à sa cause une frange non négligeable de la gauche grâce à sa radicalité, sa prose martiale et son esthétisme. Mais le romantisme a vite cédé la place au désenchantement face à la dure réalité des massacres et des famines qui ont ensanglanté le règne de Mao Tse Tong. L’agitation qui a secoué la france au printemps dernier suite à la loi travail a toutefois vu un retour relatif sur le devant de la scène de ce courant, y compris chez les militant-es les plus jeunes. 
Loin des caricatures qu’elles proviennent des défenseurs des « démocraties libérales » occidentales ou des adeptes du petit livre rouge – nous souhaitons repartir de l’historique de  la « révolution » chinoise, de ses fondements théoriques et pratiques et de ses implications afin de mieux comprendre la situation en Chine actuellement. 
Nous reviendrons particulièrement sur la révolution culturelle, sur son contexte et les objectifs poursuivis à l’époque par Mao. Si cette période charnière est la plus connue, c’est également la plus complexe et celle qui suscite le plus de fantasmes. Comment une telle manipulation de la classe  prolétaire et des étudiants a pu être possible ? Si elle s’est concrétisée par la « liquidation » de la vielle garde bureaucratique, qui faisait de l’ombre au « grand timonier », nous pouvons aussi supposer que des perspectives intéressantes auraient pu s’ouvrir à l’image de la Commune de Shanghai. Mais l’armée est venu sonner le glas des espoirs révolutionnaires en reprenant violemment la main sur les événements. Dans ces conditions, comment expliquer l’aveuglement d’une grande partie de l’extrême gauche mondiale au regard de la situation sur place ? Enfin, nous discuterons du rôle joué par le prestige et les conséquences de la révolution culturelle dans la répression et les restructurations qu’ont connu la Chine jusqu’à aujourd’hui
 
 Le samedi 8 avril à 17H00, en présence de Charles Reeve, auteur de nombreux ouvrages sur la Chine maoïste et actuelle, tel que China Blues – Voyage au pays de l’harmonie précaire, (éditions Verticales, 2008),  Bureaucratie céleste, bagnes et business  (L’Insomniaque, 1997), écrit avec Hsi Hsuan-Wou, Le Tigre de papier : sur le développement du capitalisme en Chine, 1949-1971.  (Spartacus, 1972)
Au local « jusqu’ici », 169 Grande rue de la Guillotière Lyon 7ème (métro Garibaldi).
 
Les mots qui font peurLe tigre de papierChina Blues

Rosa Luxemburg et le colonialisme, une approche par essence marxiste et révolutionnaire

Avec Dominique VillaysPoirré et Sabrina Lorre

De 1898 jusqu’à 1913, des premiers textes sur la guerre hispano-américaine à sa grande œuvre économique, l’Accumulation du Capital, Rosa Luxemburg a analysé avec précision les événements qui ont marqué la marche vers la guerre en les replaçant dans leur véritable contexte : l’impérialisme. Elle a aussi montré la connivencequi s’installe au sein du mouvement socialiste et qui fera des courants réformistes les meilleurs alliés du capital de la guerre impérialiste mondiale. Elle a sans relâche appelé à la conscience et à l’action et dénoncé les exactions coloniales. L’action de Rosa Luxemburg contre le colonialisme, le militarisme et la guerre est par essence … marxiste et révolutionnaire.

Pour décrypter les analyses de Rosa Luxemburg Table Rase invite Dominique VillaysPoirré, animatrice du blog de réflexion et d’information, « Comprendre avec Rosa Luxemburg« . Elle participe également au collectif de traduction des oeuvres de Rosa Luxemburg en français par Les éditions Agone et le Collectif SmolnyElle sera accompagnée de Sabrina Lorre, comédienne et metteuse en scène de la compagnie « Ensemble Romana », qui a été notamment à l’initiative de la Quinzaine Rosa Luxemburg (à Saint-Etienne).

RDV au Jusqu’Ici 169 Grande Rue de la Guillotière

le Vendredi 11 Novembre 2016 à 18h30

COP 22: LES ENJEUX SOCIAUX ET CLIMATIQUES AU MAROC

A l’occasion de la tenue de la COP22 au Maroc en novembre, nous vous proposons un débat sur les conséquences de la crise climatique au Maroc, en mettant en avant l’impact des formes de développement économiques imposées par le capitalisme dépendant. Celles-ci ont un coût social et écologique important aussi bien dans les villes que dans les campagnes ; le Maroc « utile » et le Maroc « inutile ».
Les logiques de prédation, les pressions des institutions internationales (FMI, Banque Mondiale), les intérêts des multinationales favorisent, à un rythme accéléré, des crises/catastrophes sociales et écologiques. Plusieurs exemples pourront l’illustrer : les conséquences de l’agriculture d’exportation, des politiques touristiques, de l’exploitation maritime, l’extension des industries chimiques, le problème de l’eau et des déchets etc… Même les projets dits écologiques, officiellement menés par le gouvernement et l’Etat, se révèlent être une farce.
Au-delà des constats faits, il faut noter que nombre de mobilisations existant sur le terrain écologique sont en réalité étroitement liées aux questions sociales. Il apparaît clairement que les luttes sociales et écologiques sont indissociables. Il est donc important de réfléchir aux alternatives possibles permettant une réelle émancipation.
Nous souhaitons partager ce moment de débat avec vous pour nourrir une réflexion collective très peu présente sur le terrain politique. En espérant vous y voir.
VENDREDI 21 OCTOBRE 2016 À 18H30
AU JUSQU’ICI
169 GRANDE RUE DE LA GUILLOTIÈRE
69007 LYON

Les jacobins noirs : Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue, James, Ed. Amsterdam, 2008.

Cyril Lionel Robert James est né à Tinidad, dans la colonie britannique de Trinité-et-Tobago en 1901. Spécialiste du cricket, au sujet duquel il éditera plusieurs ouvrages, il devient militant communiste révolutionnaire dans le cours des années 30, au contact du mouvement trotskiste.
Fondateur de la Ligue socialiste révolutionnaire d’Angleterre, il militera également parmi la minorité noire aux Etats-Unis d’Amérique, et travaillera à l’organisation anticoloniale au sein de la IVème Internationale. Il rompt avec le mouvement trotskiste en 1940 avec la tendance « Johnson-Forest » qui développe une analyse similaire à ce que sera celle du groupe « Socialisme ou barbarie » sur le caractère capitaliste de l’URSS. Dans les années 50 et jusqu’à sa mort, en 1989, tandis que la révolution socialiste mondiale pour laquelle il avait milité n’est décidément plus à l’ordre du jour, il consacrera son énergie à soutenir les révolutions anticoloniales qui infligeaient alors défaites sur défaites aux veilles puissances impérialistes, notamment à Cuba. On lui doit des travaux fondamentaux et saisissants sur les peuples antillais qui sont autant d’appels à la lutte contre l’oppression.
Les Jacobins noirs est l’ouvrage majeur de James, dont on doit la dernière édition en français aux éditions Amsterdam (2008). On y apprend comment les chaînes de l’esclavage furent brisées à Saint-Domingue par des bataillons puissamment organisés de femmes et d’hommes analphabètes et n’ayant, pour beaucoup, jamais connu rien d’autre que la condition
servile. Ceux-ci, affrontent tour à tour les armées des plus grandes puissances mondiales du monde civilisé de l’époque, la France, l’Espagne et l’Angleterre, jouant des contradictions commerciales, politiques et diplomatiques les opposant entre elles ainsi qu’aux jeunes États-Unis d’Amérique voisins. Leur avancée inexorable est accueillie d’abord avec crainte, puis avec enthousiasme par l’aile radicale et plébéienne de la révolution française ; les deux révolutions renforçant réciproquement leurs traits distinctifs de révolutions populaires, à vocation internationale.

Lutte de classe dans une société racisée

A travers ce renforcement mutuel, on comprend que ce qui se joue ici c’est la centralité de la figure de l’opprimé : ce ne sont pas les révolutionnaires libéraux éclairés de la métropole, mais les Noirs qui, en prenant les armes, obligent une gauche de la révolution bourgeoise à prendre au sérieux pour les personnes à peau noire les principes et les droits de l’homme blanc qu’elle énonce comme universels.
Cette contrainte des armes prend un détour qui paraît étonnant, et est en tous cas  inacceptable pour l’idéaliste et le philistin : l’alliance des esclaves tour à tour avec toutes les classes de la société haïtienne, mais également avec l’Angleterre et l’Espagne et la contre-révolution monarchiste, prêtes à tout pour infliger des défaites à la nouvelle France républicaine … et à lui ravir sa colonie de Saint-Domingue qui représente les deux tiers de son commerce extérieur.
Par cette série de manœuvres tactiques imposées par les événements, manœuvres qui lui procure des armes et paralyse l’adversaire esclavagiste, la révolution noire impose finalement à la révolution française de proclamer l’abolition de l’esclavage – ce qu’aura été incapable de faire 140 ans plus tard, s’agissant du colonialisme, la République d’Espagne confrontée à Franco recrutant ses troupes parmi les colonisés marocains.
C’est en effet en 1794, à l’an II de la révolution, après le « long et fiers discours » d’un député noir de Saint-Domingue accueilli par une Convention jacobine électrisée par la pression des masses parisiennes, que l’assemblée votera à l’unanimité et sans débats « pour ne pas se
déshonorer » le décret d’abolition valable non seulement à Saint-Domingue, mais dans toutes les possessions françaises – au grand dam de Robespierre, absent, qui n’y était pas favorable.
Dès lors que le décret est connu, une alliance se noue entre les deux révolutions qui pour ainsi dire ne font plus qu’une face à leurs ennemis communs de l’intérieur et de l’extérieur. Cette alliance qui aurait pu être solide arrive néanmoins trop tard. Quelques mois après la
proclamation abolitionniste, Robespierre est exécuté : la réaction thermidorienne commence sa marche vers le premier empire. Bonaparte, exilant Toussaint Louverture, le brillant chef de la révolution noire, n’aura de cesse de comploter pour restaurer l’esclavage – ce qu’il fera
en 1802.

Un matérialisme méthodique

Dans cette marche faite de flux et de reflux qui aboutira à la proclamation de la République noire d’Haïti en 1804, année du couronnement de Bonaparte, les individus, sélectionnés impitoyablement par les circonstances, sont les jouets de forces sociales et de dynamiques économiques qui les dépassent, et les obligent à changer continuellement de points de vue, de camp, de système d’alliance ; à tâtonner, commettre erreur sur erreur, pour finalement porter les coups les plus décisifs contre l’ancienne société. Il en va ainsi, en premier lieu, de Toussaint Louverture lui-même.
C’est l’action de ces forces matérielles que nous donne à voir C.L.R. James à travers les figures qui s’affrontent, mais également, au sein même de cette mécanique fatale et dans ses limites étroites, le rôle des individus et des groupes au plan subjectif comme élément qui peut dénouer la situation, bref : la question du parti.