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11/12 : Protectionnisme et libre échange

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La reconfiguration du marché mondial après la fin de la guerre froide et le développement accéléré du mode de production capitaliste dans des pays (notamment en Chine) qui restaient encore récemment en bas de l’échelle industrielle des nations s’est traduite par une tendance à la généralisation du libre-échange à l’échelle planétaire.

Comme l’annonce le marxisme, le libre-échange a joué son rôle révolutionnaire en ce sens qu’il pousse à son comble l’antagonisme entre le prolétariat et la bourgeoisie, permis un développement sans précédent des forces productives, base matérielle d’une société sans classes. Ce développement a aussi eu pour conséquence une concurrence accrue entre les nations qui se traduit par l’affaiblissement relatif des vieilles puissances capitalistes et conduit la bourgeoisie de ces pays à se diviser entre des tenants de la continuité d’une politique libre-échangiste et ceux qui souhaitent restaurer des formes de protectionnisme.

Opposition visible sur les scènes politiques nationales, européenne et mondiale : c’est Macron contre la droite identitaire, Salvini contre Merkel et Trump contre Xi Jinping. Contre cette alternative, quel peut être le point de vue du prolétariat, tant en ce qui concerne ses revendications liant défense du salaire, unité avec les migrants, écologie, etc. que dans l’expression de son programme révolutionnaire.

Il faut comprendre les raisons d’un tel dualisme des options capitalistes pour restaurer une position de classe indépendante. A partir de la théorie marxiste, le collectif Robin Goodfellow présente les mécanismes fondamentaux qui déterminent l’existence de cette alternative. Cette théorie apporte ainsi des éléments essentiels pour comprendre les principaux éléments de la conjoncture : crises commerciales, enjeux monétaires, conflits dans l’UE, foyers d’hyperinflation, etc. qui seront l’objet d’un débat à l’issue de la conférence.

Rendez vous à 18h au Jusqu’ici (169 grande rue de la Guillotière, Lyon 7) pour participer à la rencontre !

 

09/11 : J’étais, je suis, je serais. Histoire et actualité de la révolution Allemande (1919-1921)

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Nous vous invitons à notre première conférence de l’année :

« Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre  » Karl Marx

Allemagne. Novembre 1918.
Épuisés par plus de 4 années de combats les soldats et les ouvriers déclenchent une révolution qui en quelques semaines mettra fin à la guerre et balayera l’empire.
Organisés en conseils ils semblent alors en mesure de prendre le pouvoir et de rompre l’isolement de la jeune révolution Russe.
Pourtant en janvier 1919 les révolutionnaire sont battus et leurs leaders comme Rosa Luxemburg ou Karl Liebknecht assassinés.

Que s’est-il passé entre temps ? Quels enseignements peuvent être tirés de cet épisode historique tragique ? Comment ces événements résonnent-ils encore aujourd’hui ?

Pour répondre à ces questions et commémorer le centenaire de cet événement majeur pour l’histoire de notre classe et du mouvement ouvrier rendez vous le vendredi 9 novembre à 18 heures au Jusqu’ici (169 Grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon) pour une conférence avec le groupe  » critique sociale » , pour qu’enfin demain ce soient des victoires que nous ayons à célébrer !

12/04 Rencontre débat sur l’Abolition de la valeur avec Bruno Astarian

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Conférence/Débat avec Bruno Astarian pour son dernier livre, l’Abolition de la Valeur
L’Abolition de la valeur revisite la théo­rie marxiste de la valeur en tenant compte des condi­tions actuel­les du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste et notamment des caractéristiques pratiques, et non abstraites, du travail producteur de marchandise. Qu’attendons nous d’une société sans tra­vail – ce qui ne veut pas dire sans pro­duc­tion, mais sans usines, sans chro­no­mè­tres, sans souf­frances ?

Présentation de l’éditeur :

Pour Marx, l’abo­li­tion de la valeur consiste en la sup­pres­sion de l’échange et son rem­pla­ce­ment par une économie pla­ni­fiée où les hommes tra­vaillent avec enthou­siasme à la satis­fac­tion de leurs besoins (le pre­mier d’entre eux étant le tra­vail lui-même). Et sa théo­rie de la valeur est tout impré­gnée de ce point de vue. L’objet de L’Abolition de la valeur est de revi­si­ter la théo­rie marxienne de la valeur en tenant compte des condi­tions actuel­les du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste – sans remet­tre en cause la tra­jec­toire d’ensem­ble du Capital. La dif­fé­rence essen­tielle avec l’époque de Marx est qu’il est devenu impos­si­ble d’envi­sa­ger le com­mu­nisme comme une économie d’« hommes libres » gérant leur tra­vail par une pla­ni­fi­ca­tion com­mune.
Notre époque permet de mettre au concret la théo­rie de la valeur en s’appuyant sur les carac­té­ris­ti­ques pra­ti­ques, et non pas abs­trai­tes, du tra­vail pro­duc­teur de mar­chan­di­ses. Cela a des consé­quen­ces déci­si­ves sur la façon d’envi­sa­ger l’abo­li­tion de la valeur et l’au-delà du capi­tal et du tra­vail. Car il faut main­te­nant com­men­cer à réflé­chir à ce que pour­rait être une société sans tra­vail – ce qui ne veut pas dire sans pro­duc­tion, mais sans usines, sans chro­no­mè­tres, sans souf­france.

Bruno Astarian s’inté­resse depuis qua­rante ans aux pro­blè­mes théo­ri­ques du com­mu­nisme, et a par­ti­cipé à la for­ma­tion du cou­rant dit de la « com­mu­ni­sa­tion ». Il a notam­ment publié Le Travail et son dépas­se­ment (Senonevero, 2001) et Luttes de clas­ses dans la Chine des réfor­mes (Acratie, 2009).

Rendez-vous à partir de 18h le 12 avril 2018 au Jusqu’ici, 169 grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon, métro Garibaldi.

Marx et l’écologie avec Timothée Haug

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Contrairement aux idées reçues, Karl Marx s’est penché de près sur la destruction des conditions naturelles d’existence causée par le mode de production capitaliste. Même si le terme écologie n’est pas encore utilisé dans un sens politique au moment où il écrit, l’idée d’une rupture de l’échange métabolique entre les hommes vivant en société et leur environnement naturel fournit un premier cadre théorique pour penser une crise écologique du capitalisme.

En considérant ces premières esquisses écologiques de Marx, il reste nécessaire d’interroger la pertinence de cet héritage théorique pour penser notre situation actuelle. Timothée Haug montrera que la référence à Marx peut nous servir de boussole pour nous repérer dans le champ de l’écologie politique contemporain, en critiquant d’une part l’essentialisme de l’écologie profonde et d’autre part le technicisme de l’éco-modernisme. Ces deux variantes dominantes du discours écologique éludent les rapports sociaux qui structurent notre rapport collectif à la nature. C’est là s’empêcher par avance d’envisager la résolution de la crise (des crises) écologique(s) actuelle(s) par un bouleversement de notre mode de production.

Sur cette base, il sera alors possible et nécessaire de critiquer l’idéologie réformiste aujourd’hui déployée dans la perspective d’une gestion étatique des contradictions écologiques du capitalisme.

Timothée Haug, doctorant à l’École doctorale Humanités de Strasbourg, animera cette conférence le 29 mars 2018 à 18h au Jusqu’ici, 169 grande rue de la Guillotière.


Penser l’écologie avec Marx et au-delà de Marx.

Conférence pour l’association Table-Rase du 29 mars 2018.

Introduction : Des dérèglements des écosystèmes à la crise écologique. Pourquoi a-t-on besoin d’une théorie critique de la société pour penser l’écologie ?

Pour commencer à réfléchir sur les problématiques dites écologiques, il faut tout d’abord se mettre d’accord sur leur définition. De quoi parle-t-on lorsqu’on évoque la crise écologique ?

Les sciences de la nature, notamment la biologie environnementale, la géologie et les études climatiques peuvent nous fournir quelques éléments de réponse, pour poser la base de toute discussion. Aujourd’hui, on identifie quasi-immédiatement l’enjeu écologique au réchauffement climatique, dû aux émissions de GES (et notamment CO2). Mais ce n’est là qu’une des multiples perturbations des cycles de régulation du système terrestre. En se référant à un article de la revue Nature de 20091, auxquels ont participé une large équipe de scientifiques, on peut aussi mentionner d’autres perturbations majeures : l’acidification des océans, la raréfaction de la couche d’ozone, le dérèglement du cycle de l’azote, l’extinction massives des espèces vivantes, etc. Dans chaque cas, on va définir une perturbation écologique comme la rupture d’un équilibre : c’est-à-dire un changement quantitatif dans les interactions entre les espèces vivantes et leur environnement, qui entraîne, à partir d’un certain seuil, un changement qualitatif majeur. La crise est ainsi définie par le franchissement d’un seuil critique, au-delà duquel les perturbations profondes peuvent s’emballer et être irréversibles. Pour évaluer l’intensité de ces crises écologiques, les scientifiques comparent des mesures antérieures à la révolution industrielle avec les mesures actuelles, en fixant une limite critique.

Prenons par exemple le cycle de l’azote, présent en très grande quantité sous forme gazeuse dans l’atmosphère (dioxyde d’azote) et sous diverses formes solides dans les sols (nitrates par exemple). Le taux d’azote solide est régulé par le métabolisme de certaines bactéries, qui captent l’azote atmosphérique pour le rendre disponible dans les sols à la croissance des plantes. Au début du XXe siècle, les engrais naturels ne suffisent plus pour assurer les besoins de l’agriculture industrielle, et un chimiste (Haber) met au point une technique pour en synthétiser en faisant réagir sous haute pression le diazote de l’air avec du dioxygène, pour créer de l’azote solide. En moins d’un siècle, la quantité d’azote prélevée dans l’atmosphère passe de 0 tonnes à 121 millions de tonnes/an, alors que les scientifiques estiment que la limite à ne pas dépasser est 35M tonnes/an. Au-delà de ce seuil la saturation des cours d’eau et des sols en azote peut conduire à une grande toxicité pour les espèces vivantes. C’est là un exemple de perturbation d’un cycle écologique, directement lié à d’autres perturbations, comme l’extinction massive des espèces vivantes (on passe d’un taux de 0.1-1/an pour un million il y a deux siècles à 100 pour aujourd’hui, avec une limite fixée à 10). De même, le réchauffement climatique est causé par une dérégulation du cycle du carbone, présent de manière solide dans les sols et gazeuse dans l’atmosphère (de 280ppm à 400ppm, avec seuil critique à 350). Au lieu de parler d’une seule crise écologique, il faudrait plutôt évoquer d’une imbrication d’un ensemble de crises qui modifie rapidement le fonctionnement de la biosphère.

Si on parle de crise écologique, ce n’est pas simplement que ces perturbations ont des conséquences destructrices sur la vie humaine. Sinon, on pourrait parler de catastrophe, comme pour un tremblement de terre, une éruption volcanique ou un crash de météorite. A la différence de tels événements, dont les causes sont entièrement extérieures à la sphère de l’action humaine, une crise écologique dépend de l’activité humaine elle-même, et son dénouement catastrophique n’est pas nécessaire (par exemple, la raréfaction de la couche d’ozone a pu être stabilisée).

Si les sciences naturelles peuvent nous aider à mesurer des perturbations des écosystèmes, elles restent en revanche complètement insuffisantes pour identifier les causes réelles de la crise écologique. En témoigne le concept très populaire d’« Anthropocène », inventé par un géologue (Paul Crutzen, article de Nature de 2002), désignant une nouvelle époque géologique succédant à l’Holocène (10000 dernières années). Elle se caractériserait par un changement de composition de la lithosphère due à l’activité humaine. Autrement dit, on peut voir sur une coupe géologique l’impact de l’activité humaine sur le système-terrestre (en raison de la dérégulation des cycles des écosystèmes mentionnée plus haut). Mais ce concept reste très vague, puisqu’il fait de l’espèce humaine en général (l’Anthropos, l’Homme) le responsable d’une telle modification à cause de son inventivité technique. Les débats de périodisation consistent alors à savoir si c’est dès l’usage du feu, à l’époque néolithique, où à partir de l’invention de la machine à vapeur par J. Watt à la fin du XVIIIe, que débute cette nouvelle ère. En fait, une telle étiologie est essentialiste, dans la mesure où elle inscrit dans la nature de l’Homme (par sa faculté d’invention technique) l’origine de la crise écologique. Cela laisse bien peu d’espace pour penser la résolution de la crise écologique, coincée entre le catastrophisme malthusien ou l’utopie moderniste. Le premier affirme qu’il y a trop d’hommes sur terre, et qu’il faut réduire la population de manière drastique. Le second place tout son espoir dans le progrès de la technique elle-même, comme remède aux maux qu’elle aurait engendrés (notamment dans les projets de géo-ingénierie). Dans aucun des deux cas, on ne pose la question de l’organisation sociale qui décide de la finalité et des moyens de la production humaine. Pour envisager les choses de cette manière, il faut au préalable rendre compte de la crise écologique comme le résultat d’un système social spécifique, le capitalisme2. J’aimerais montrer que le marxisme est une ressource essentielle pour penser non seulement l’étiologie sociale de la crise écologique, mais aussi sa possible résolution politique, car il permet de définir cette crise comme une contradiction entre des conditions naturelles d’existence et des formes sociales historiquement transformables.

Pour ce faire, je vais procéder en trois temps.

  • D’abord, revenir sur la conceptualisation précoce d’une crise écologique dans les écrits tardifs de Marx, qui met en crise certains présupposés productivistes du marxisme.

  • Ensuite, tenter d’approfondir l’explication de la crise écologique globale par des dynamiques propres à l’économie capitaliste.

  • Enfin, envisager la question de la résolution de cette crise, en critiquant des approches gestionnaires pour défendre une approche communiste radicale (abolition de la valeur et du travail).

D’un Marx productiviste à un Marx écologiste.

Ironiquement, le marxisme a souvent été dénoncé pour son aveuglement aux questions écologiques, alors que Marx lui-même fut un des précurseurs d’une théorie de l’écologie politique, et peut-être le premier théoricien à avoir tenté une conceptualisation (sommaire) d’une crise écologique. Si cet aspect de sa pensée est resté en grande partie méconnu, c’est pour avoir émergé tardivement, lors de la rédaction des manuscrits du Capital, notamment le troisième livre entre 1863-65, et s’est renforcé dans des travaux de recherche menés après la publication du premier tome en restant à l’état de notes et d’ébauches inédites. De plus, dans de nombreux écrits qui précèdent cette période, Marx a pu adopter une attitude « productiviste » en contradiction avec ces enjeux écologiques plus tardifs (et ce sont d’ailleurs ces textes qui ont servi d’appui à des politiques effectivement productivistes dans le socialisme réel).

Pour le dire en un mot, ce productivisme repose sur deux présupposés, l’un technique et l’autre politique. Le premier conduit à penser que le progrès de la technique permet d’augmenter indéfiniment la productivité du travail (rapport quantité produite/temps dépensé). Le second affirme que l’augmentation capitaliste de la productivité est une base nécessaire à l’établissement du communisme, comme société d’abondance. Si Marx défend ce productivisme, c’est avant tout pour dénoncer la théorie sociale de Malthus, et ses prolongements chez des économistes comme Ricardo. Malthus affirmait en effet, sans le démontrer, que les progrès de la productivité agricole restaient nécessairement plus lents que l’augmentation démographique, en conduisant ainsi à un excédent de population. Cette théorie, dont on trouve les relents chez nombre de penseurs écologiques des années 1960-1980, vise avant tout à légitimer la misère sociale par des causes prétendument naturelles. C’est d’abord pour contrer cette théorie que Marx souligne les énormes gains de productivité permis par de nouvelles techniques de production capitalistes.

Mais à partir de la fin des années 1850, et surtout au début des années, 1860, alors qu’il cherche à établir une théorie de la rente foncière (le profit monopolisé par la propriété privée de la terre et des ressources naturelles), Marx se met à lire le chimiste Justus v. Liebig, qui développe une première théorie de la régulation des écosystèmes. D’après ce qu’il appelle la « loi de la restitution », Liebig démontre que la croissance des plantes dépend de la ponction de matières organiques et inorganiques dans les sols, qui doivent être renouvelées de manière cyclique pour garantir la fertilité des terres. Les premières proviennent de la décomposition des plantes et les secondes de l’érosion déposant des alluvions. Sur cette base, il envisage la possibilité d’un épuisement de la fertilité des sols, qui peut être due à deux facteurs. Le premier est la scission géographique des lieux de production ruraux et des lieux de consommation urbains : les déchets organiques (le compost) ne sont plus restitués dans les sols, mais gaspillés dans les villes. Les engrais organiques pourraient apparaître comme une solution (par exemple l’usage de la fumure animale ou du guano), mais Liebig montre également qu’ils ne permettent pas de renouveler tous les nutriments nécessaires. Sur le court terme, leur usage intensif améliore le rendement des sols, mais il accélère la ponction de nutriments inorganiques en causant une perte de fertilité sur le long terme.

Tout l’intérêt de la lecture que Marx fait de cette théorie scientifique réside dans sa traduction sociologique. Là où Liebig se contente de faire de la civilisation technique moderne une des causes de l’épuisement des sols (qui est un problème majeur de la seconde moitié du XIXe siècle, avant l’invention des engrais azotés), Marx tente de montrer qu’une telle destruction de l’écosystème agricole est la conséquence de la logique de production spécifiquement capitaliste. Pour le dire en un mot, l’industrialisation de l’agriculture en régime capitaliste vise une augmentation de la productivité, non pas pour satisfaire des besoins humains croissants, mais en raison d’une logique de concurrence instaurée par le marché (j’y reviendrai). Le fermier capitaliste qui produit à moindre coût en raison d’une meilleure productivité technique peut vendre ses produits à des prix très avantageux, aux détriments des petits agriculteurs qui se retrouvent ruinés (c’est ce qui se passe lorsque le marché des biens alimentaires locaux sont inondés de grains importés à bas prix, en contexte post-colonial). Cette course à la productivité est dictée par une régulation des prix au très court terme, mais ne prend pas du tout en compte les conséquences au long terme, qui peuvent conduire à un épuisement durable des terres, ou à des pollutions massives. Son seul critère est le rendement immédiat et non la durabilité.

Inscrite dans une telle logique de la production capitaliste, la crise écologique peut être spécifiée comme une contradiction entre des lois naturelles de régulation des écosystèmes et les lois sociales de la production humaine. Bien qu’il n’emploie pas encore le mot de crise écologique3, Marx tente bien de conceptualiser le phénomène que nous désignons aujourd’hui par ce terme en parlant d’une d’un « rupture du métabolisme » entre l’homme et son environnement, ou plus précisément, d’une « rupture [Riss] irrémédiable dans l’équilibre complexe du métabolisme à la fois social et soumis aux lois naturelles de la vie »4. Par le concept de métabolisme (Stoffwechsel), Marx qualifie la production humaine comme un échange (Wechsel) de matière (Stoff) avec l’environnement. Ce processus est configuré par deux facteurs : d’une part les « lois naturelles de la vie », c’est-à-dire certaines conditions naturelles dont dépend le travail humain, et d’autre part une organisation sociale, qui définit le but et les moyens de la production. Par l’idée d’une rupture, Marx envisage ici une possible incompatibilité entre une certaine forme sociale et les contraintes indépendantes des écosystèmes, qui conduit en définitive à la destruction de ces derniers.

En se basant sur cette analyse, il peut complexifier sa critique du capitalisme. Ainsi affirme-t-il dans un passage célèbre, à la fin du chapitre 7 du livre I du Capital consacré à l’industrialisation de l’agriculture en régime capitaliste, que « chaque progrès de l’agriculture capitaliste et un progrès dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller les sols ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine des sources durables de sa fertilité. » Ces deux critères de dénonciation – exploitation du travail et destruction environnementale – n’opposent pas la domination de l’homme d’une part à la domination de la nature d’autre part. En effet, la destruction de la nature engage pour Marx une mise à mal des conditions de la reproduction de la vie humaine. De plus, c’est une même logique qui est à l’œuvre dans les deux cas, où l’accumulation du profit repose sur l’asymétrie entre ce qui est prélevé d’une part et ce qui est restitué de l’autre. Dans l’exploitation du travail, le capital ponctionne du temps de travail sans le rémunérer, et dans la destruction de la nature, il prélève des matières sans les restituer. Marx emploie parfois le terme d’extraction de plus-value, pour désigner dans les deux cas la nature parasitaire du profit5. Enfin, pour souligner cette similitude, il définit le travail humain et les conditions naturelles de son effectuation par le même terme de force (Kraft), désignant la source vive de toute production, en distinguant d’une part la force humaine de travail et d’autres part les forces naturelles (fertilité de la terre, énergies disponibles, cycles de constitution des matières premières)6. Dans les deux cas, la domination capitaliste est une extraction de force humaine ou naturelle, et dans les deux cas, elles se traduit par des conséquences destructrices sur les conditions de vie.

Si ce modèle théorique de la rupture métabolique a été développé par Marx pour critiquer le problème local d’un épuisement de la fertilité des sols, il peut être généralisé pour penser la crise écologique actuelle. Plus tard, Marx s’est lui-même intéressé à d’autres questions écologiques, notamment la déforestation (là encore, l’exploitation forestière prélève plus qu’elle ne restitue). En lisant un physicien, Carl Fraas, il est même allé jusqu’à envisager l’impact de la déforestation sur la modification des microclimats (par l’assèchement de l’air et l’abrasement des sols)7. Mais si on prend par exemple la crise climatique globale, on se rend également compte que le réchauffement atmosphérique est la conséquence d’une contradiction entre le cycle naturel du carbone et la production capitaliste. Le CO2 est toujours émis dans l’atmosphère par tous les êtres vivants, tout en étant absorbé progressivement par les océans, et capté par les plantes, pour maintenir un niveau relativement constant. La saturation actuelle, qui conduit au réchauffement climatique, s’explique par un décalage entre le rythme naturel de régulation et les émissions massives dues à la combustion d’énergies fossiles.

Souvent, on explique cette hausse des émissions de GES, et la plupart des destructions environnementales actuelles, comme des conséquences de la « révolution industrielle ». S’en tenir là, c’est en rester à une simple critique de la technique, et non de l’ensemble de la société dans laquelle la technique industrielle est inscrite. Pour approfondir ce lien, il est nécessaire de rentrer plus en détail dans la théorie économique de Marx.

Les conditions écologiques de l’économie capitaliste.

Afin de comprendre les causes sociales spécifiques des crises écologiques, il est impératif de renverser le préjugé dominant dans une certaine conscience écologique, qui fait d’une surconsommation, ou d’une consommation irresponsable, l’origine principale des dégradations environnementales. Dans ce schéma, les individus composant la société sont supposé.e.s partager indifféremment la responsabilité écologique, et devoir chacun.e agir à leur échelle pour engager une baisse de l’impact environnemental (exemple des schémas comparant la quantité moyenne d’émission de GES par tête). Une telle conception suppose que la production vient répondre à un ensemble de besoins et qu’il suffirait de transformer ces derniers pour transformer la production, par un équilibrage de l’offre et de la demande.

Contre cette compréhension idéale et abstraite de l’économie, il faut rappeler avec Marx que la finalité de la production, en régime capitaliste, n’est jamais la satisfaction des besoins, mais d’abord la réalisation d’un profit. La première contrainte est de valoriser un investissement, en restant compétitif sur le marché, et non la durabilité écologique (cf. obsolescence programmée). Dans ce cadre, certains investisseurs vont développer des produits écologiquement « responsables », mais toujours dans le cadre de la recherche d’un certain profit, et jamais par souci éthique. Or, comme je veux tâcher de le montrer, c’est cette logique du profit, sous-jacente à l’économie capitaliste, qui est en soi contradictoire avec une perspective écologique.

Pour comprendre ce point, il faut revenir à quelques fondamentaux de l’analyse économique marxiste, en apportant un nouvel éclairage : montrer qu’elle repose à la fois sur l’exploitation de la force de travail humaine, et sur l’appropriation destructrice de la nature. Les marxistes ont souvent mis l’accent sur le premier moment, qui est absolument central, mais je vais essayer de montrer qu’il est indissociablement lié au second moment.

Le profit, c’est ce qui est obtenu entre l’investissement d’un capitaliste et ce qu’il obtient en vendant les marchandises produites : c’est un différentiel de valeur, ou une « plus-value ». Marx remarque que ce gain de valeur ne peut provenir que du moment intermédiaire entre cet achat et la vente, c’est-à-dire dans la sphère de la production. L’hypothèse est la suivante : seul le travail est créateur de valeur, et celle-ci correspond au temps de travail dépensé. Si les marchandises produites ont plus de valeur que les capitaux investis, c’est en raison du travail effectué entre les deux moments. Seulement, le salaire versé par le capitaliste ne correspond pas à la valeur créée par le travail, mais à un minimum fixé par les besoins de la reproduction de la force de travail. L’« exploitation » du travail correspond à ce différentiel entre la valeur produite et la valeur rémunérée, le temps de travail réel et le temps de travail payé.

Le facteur d’exploitation permet d’expliquer la destruction de la vie humaine, par une pression à la baisse des salaires. Mais pris isolément, il ne permet pas d’expliquer les destructions environnementales, qui sont les conséquences du productivisme capitaliste. Pour comprendre cette contrainte à augmenter sans cesse le taux de productivité de l’industrie et la quantité absolue des marchandises produites, il faut se pencher sur le mécanisme de la concurrence entre les investisseurs. Celui qui développe une technologie plus productive pourra vendre ses marchandises à un prix plus concurrentiel sur le marché, et dégager un profit marginal supplémentaire. Une fois cette technologie développée, les autres vont également tenter de l’implémenter, pour pouvoir rester concurrentiels, et ceux qui n’ont pas assez de capitaux pour investir vont faire faillite. Mais cette augmentation exponentielle de la productivité conduit à terme à une diminution du temps de travail nécessaire pour produire une même quantité de marchandises. Or, comme on l’a vu, le temps de travail exploité est la base fondamentale de l’extraction de plus-value. A un stade technologique avancé, notamment durant la période fordiste des chaînes de montage et la période plus récente de l’automatisation, le capitalisme fait face à un dilemme historique : comment concilier l’énorme hausse de la productivité découlant du jeu de la concurrence et le besoin d’exploiter toujours autant de travail pour dégager un profit ? La réponse est simple : par une augmentation exponentielle de la quantité absolue de marchandises produites. Et c’est précisément pour écouler cette immense accumulation de camelote que le capitalisme doit élargir la sphère de la consommation (ce qu’on a pu appeler la société de consommation fordiste). On voit bien ici que la hausse des besoins n’est en rien la cause, mais seulement une conséquence de cette logique de la production.

Le productivisme correspond précisément à cette quête de productivité, doublée d’un besoin de faire travailler toujours autant (ou plus), qui conduit à une augmentation exponentielle de la masse absolue de marchandises produites. Or, de manière assez évidente, une telle logique repose non seulement sur l’exploitation du travail humain, mais aussi sur l’appropriation toujours croissante de la nature. Dans le Capital, Marx définit cette dernière comme une « condition de la production » : elle contient l’ensemble des ressources préalables nécessaires (matérielles et énergétiques) à la production économique. Même si les matières premières doivent être extraites et préparées, donc produites, pour être utilisables, leur disponibilité dépend de facteurs indépendant du travail humain. On ne peut pas les produire ex nihilo sur les lieux de production industriel, mais il faut aller les approprier. C’est d’ailleurs là une des fonctions centrales de l’expansion coloniale, condition nécessaire de l’essor économique du premier capitalisme. Dans sa théorie de l’impérialisme, R. Luxembourg avait déjà montré que l’impérialisme colonial permet de trouver de nouveaux marchés pour écouler les marchandises. Mais la perspective écologique souligne plutôt le besoin croissant de matières premières, notamment le coton, pour alimenter les besoins de la production. Le concept d’hectares fantômes permet de mesurer la quantité de terres qu’un pays central du capitalisme importe depuis les colonies, en exportant son impact écologique. Durant la première révolution industrielle, l’Angleterre a ainsi approprié 600000 ha pour sa production de sucre et 8M pour sa production de textile, très gourmande en coton (soit plus que la totalité de ses terres cultivables 6M d’ha). Au-delà du travail exploité dans les centres de la production, l’économie capitaliste repose donc dès son origine sur une appropriation massive de ressources naturelles dans les colonies, doublée d’une surexploitation du travail (sous des formes esclavagistes).

Mais la question écologique actuelle ne se réduit pas à simplement à des destructions environnementales dues à l’extraction intensive des matières premières aux quatre coins du globe (ce qu’on appelle aujourd’hui l’extractivisme). La perturbation des cycles écologiques ne se traduit pas uniquement en terme d’épuisement du renouvellement des ressources (en eau potable, en bois, en minerai, etc.), mais aussi par une saturation des écosystèmes due aux rejet de déchets industriels, au premier rang desquels le CO2. La hausse des émissions de GES est directement liée aux évolutions de l’économie capitaliste, notamment à l’extraction de profit par une augmentation de la productivité globale (ce que Marx nomme la plus-value relative, qu’il distingue de la plus-value absolue). Cela est particulièrement frappant dans l’époque qui a suivi la restructuration des années 1970, basée sur l’automatisation des chaînes de production et leur délocalisation de la production dans les pays émergents : deux phénomènes qui entraînent une consommation accrue d’énergies. Ainsi, la moitié de la quantité totale de CO2 émise dans l’atmosphère depuis 1751 a été produite après 1986. Cette hausse ne fait que se confirmer dans la période la plus récente, avec un taux de croissance des émissions de GES trois fois supérieur à celui des années 1990 dans les années 2000.

On peut s’étonner d’une telle accélération, qui correspond exactement à la période d’émergence d’une conscience écologique, aiguisée par la découverte de la crise climatique (première conférence internationale sur l’environnement à Stockholm en 1972, sommet de la Terre de Rio en 1991). Ce paradoxe indique toute l’irrationalité de l’économie capitaliste, dont les causes motrices n’ont rien à voir avec la bonne conscience des acteurs, des ministres de l’écologie ou des firmes éco-responsables. Tant que l’économie reste marchande, les investisseurs capitalistes sont soumis aux contraintes du marché pour parvenir à dégager du profit : c’est ainsi la rentabilité qui guide les choix énergétiques. Une des meilleures illustrations de cette irrationalité est le « paradoxe de Jevons », nommé d’après le nom de l’un des premiers économistes du XIXe siècle s’étant penché sur la question de l’épuisement des ressources énergétiques. En s’interrogeant sur la possibilité d’économiser des ressources limitées, il s’était penché sur l’efficacité énergétique (le rendement productif pour une même unité d’énergie consommée). Loin de tout optimisme technologique, il soulignait déjà qu’une amélioration de cette efficacité conduisait contre toute attente à une hausse de la consommation absolue en charbon. C’est encore le cas aujourd’hui. Des études empiriques ont ainsi montré que durant le dernier quart du XXe siècle, les principaux pays du centre capitaliste ont amélioré leur efficacité carbone (taux de CO2 émis pour une unité d’énergie) d’environ 40%, tout en augmentant les émissions totales de 25%. On ne peut comprendre cet effet de ciseau qu’à partir de la logique productiviste du capitalisme, qui va profiter d’une baisse des coûts de l’énergie pour investir de manière massive pour dégager du profit, au lieu de réduire la consommation d’énergie pour satisfaire des besoins humains. Au contraire, la hausse des prix de marchés du pétrole va parfois permettre l’extraction d’énergies bien plus polluantes, comme les schistes bitumineux au Canada ou le regain du charbon en Allemagne.

Contrairement aux autres matières premières, utilisées de manière différenciée dans les différentes branches de production, les énergies représentent la condition naturelle universelle de la production capitaliste8. La préférence structurelle pour les énergies fossiles, par rapport aux énergies renouvelables peut s’expliquer par leur très grand potentiel productif, mais cet avantage économique obtenu dans le jeu de la concurrence n’explique pas tout. De récentes contributions dans l’histoire énergétiques du capitalisme ont montré que la transition de vers l’économie fossile doit aussi s’expliquer par des facteurs socio-politiques. Dans son ouvrage Fossil Capital, publié en 2016, Andras Malm montre en effet que l’usage du charbon dans l’industrie textile anglaise, permettant d’alimenter les nouvelles machines à vapeur, était à l’origine plus coûteux que l’usage des énergies de flux : l’eau et le vent alimentant des moulins, qui pouvaient aussi actionner des machines-outils. Dans ses premiers moments, l’extraction minière du charbon était encore relativement onéreuse, comparée à la gratuité des courants, et l’efficacité énergétique des machines à vapeur restait limitée. Du fait de sa nature matérielle, le charbon représente néanmoins un avantage non-négligeable : il peut être transporté. Ce n’est plus l’usine qui doit se déplacer vers les sources n’énergie mais les sources d’énergie qui vont venir approvisionner l’usine. Seul une telle substitution énergétique permit la concentration des industries dans les pôles urbains, en garantissant ainsi un meilleur contrôle sur la main d’œuvre ouvrière. Dans les campagnes, celle-ci pouvait encore subvenir à ses besoins par une exploitation agricole parcellaire, tandis que la concentration urbaine accompagne le mouvement de prolétarisation. Le développement massif de l’usage du pétrole, qui vient se substituer au charbon dans l’alimentation des industries de la fin du XIXe siècle et des chaînes de montage de l’époque fordiste, peut aussi s’expliquer par un rapport de force entre des classes opposées. Dans son ouvrage Carbon Democracy, Timothy Mitchell explique ainsi que l’usage du pétrole a permis de rendre l’économie capitaliste beaucoup moins vulnérables aux grèves minières, car son extraction demande beaucoup moins de main d’œuvre et peut être exportée dans des périphéries (Moyen-Orient) sans tradition de luttes. Cette nouvelle transition énergétique fut ainsi constitutive de la mise en place du paradigme fordiste, reposant non seulement sur une mécanisation accrue de la production, mais aussi sur une pacification sociale.

Contre tout déterminisme technologique, j’ai donc tenté de montrer que les crises écologiques actuelles dépendent d’une logique du profit propre à l’économie capitaliste. Et contre tout réductionnisme économique, il faut préciser que la base énergétique d’une telle économie dépend de certaines logiques de domination sociales, dans le rapport de force entre le capital et le travail.

Sur la nécessité d’un dépassement révolutionnaire de la crise écologique.

L’étiologie socio-économique des crises écologiques, permise par cette appropriation de la théorie marxiste, est un préalable nécessaire à une perspective de résolution de ces crises. En effet, à chaque manière d’expliquer les crises écologiques correspond une perspective politique. Ainsi, les dénonciateurs du consumérisme moderne vont prôner une transformation éthique des pratiques individuelles, par une pratique d’ascèse (exemple de la « sobriété heureuse »). En soi, une telle pratique est louable, mais la prôner comme un objectif politique témoigne d’une mécompréhension des causes structurelles qui déterminent les pratiques. En effet, la consommation éco-responsable reste prisonnière d’une économie de marché, dont l’objectif reste la production de profit. Elle n’est accessible qu’à une classe moyenne aisée, mais sa généralisation à toutes et tous n’est pas possible (à moins d’augmenter les salaires de toutes et tous, ce qui contredit la logique même du capitalisme). J’aimerais défendre ici l’idée que la défense d’une perspective écologique cohérente est indissociable d’une lutte pour le renversement du capitalisme, non seulement comme économie de marché, mais aussi comme système productif.

Pour souligner cette perspective politique, j’aimerais rappeler au préalable un débat concernant le rapport de la crise écologique et de la crise du capitalisme. Au sein des théories éco-marxistes, deux écoles s’opposent à ce sujet : la première estimant que la crise écologique peut causer d’elle-même un effondrement du capitalisme et la seconde soulignant la persistance possible du capitalisme au sein même de la crise écologique. Représentant de la première école, Jason W. Moore, historien et géographe dominant le champ des études éco-marxistes, défend notamment l’idée d’une aggravation écologique de la baisse tendancielle du taux de profit (loi à partir de laquelle Marx tenta de rendre compte d’une tendance du capitalisme vers son propre dépassement). Selon lui, les multiples crises écologiques, et notamment le réchauffement climatique, se traduisent économiquement par une hausse du coût de la nature, et notamment des matières premières. Structurellement, la part de capital fixe tend à augmenter, en diminuant la marge de profit dégagée du travail. Il interprète alors les crises du capitalisme datant de la restructuration (depuis le choc pétrolier) comme des crises écologiques qui nuisent à la croissance économique. C’est ce risque économique qui explique en partie les tentatives de régulation écologique entreprises par les Etats capitalistes, les lois sur la protection de l’environnement à l’intérieur des Etats et les négociations sur le climat entre les Etats. En étant constamment sous la pression de la concurrence, les capitalistes individuels n’ont aucun intérêt à prendre en compte le facteur écologique. « Après moi, le déluge », voici leur seul mot d’ordre. Seulement, la recherche d’un profit à court terme peut s’avérer auto-destructrice. Marx l’avait clairement montré à propos des conditions de travail des ouvriers anglais du premier XIXe siècle. A force d’étendre la durée de la journée de travail, d’embaucher des enfants et de faire pression à la baisse des salaires pour garantir individuellement leur compétitivité, les capitalistes détruisaient la santé des travailleurs (baisse drastique de l’espérance de vie, affaiblissement physique, etc.), et donc leur propre capacité de faire du profit. Ce fut alors le rôle de l’Etat, comme représentant de l’intérêt global de la classe capitaliste, que d’appliquer une série de lois régulant la journée de travail et le niveau des salaires. Aujourd’hui, on peut également comprendre les régulations écologiques comme une manière de gérer la crise écologique dans l’intérêt de la classe capitaliste. Mais cette gestion étatique reste très limitée, puisqu’elle n’a pour seule fin que de garantir un taux de profit suffisant pour rester compétitif dans le jeu de la concurrence internationale. On peut prendre l’exemple des taxes sur l’électricité carbonée, mises en place par Merkel en Allemagne, afin de détaxer les particuliers (individus et entreprises) investissant dans des panneaux solaires. 3000 entreprises très polluantes furent exemptées de cette régulation, sous prétexte de ne pas nuire à leur compétitivité économique. L’inefficacité des négociations entre les Etats sur la limitation du réchauffement climatique est encore plus effarante. La décision incitative du protocole de Kyoto de 1997, de réduire les émissions de GES de 5% avant 2012 s’est traduite par une explosion de 61% du taux d’émission. Là encore, on fait face au refus d’obtempérer de certains Etats, comme la Chine, qui souhaitait garantir sa position dans le jeu mondial de la concurrence. Face à cette passivité totale, on peut dès lors douter d’une perspective d’auto-destruction du capitalisme par le réchauffement climatique. En témoigne Jon Read, élu de l’Assemblée législative du Montana, qui proposait en 2011 un projet de loi affirmant l’effet bénéfique du changement climatique pour l’économie américaine : « Le réchauffement planétaire est bénéfique pour le bien-être et le climat d’affaires du Montana […] même s’il fait plus chaud, nous aurons une saison de croissance prolongée. […] Pourquoi chercher à contrer ce phénomène positif ? » S’agit-il là d’un simple délire négationniste ? Pas seulement. Des études montrent que l’impact destructeur de la crise climatique se concentrera dans les régions tropicales, mais que les zones tempérées, où sont implanté les centres du capitalisme pourrait bénéficier d’une meilleure productivité agricole. D’une manière encore plus cynique, on peut imaginer que la montée du niveau des océans dans certaines marges de l’économie capitaliste (par exemple au Bengladesh) accélèrera un processus d’expropriation et de prolétarisation de petits paysans, condamnés à s’enrôler dans les usines textiles. Enfin, les catastrophes climatiques elles-mêmes peuvent devenir une nouvelle opportunité de profit, comme en témoigne la financiarisation des risques climatiques par des méga complexes assurantiels public-privé, se développant depuis les années 1990. Comme l’affirme un rapport du GIEC de 2014, énonçant une consigne d’obligation assurantielle pour les pays du Sud, il ne s’agit plus de résoudre le réchauffement climatique, mais de s’y adapter. Néanmoins, si le capitalisme semble vouloir et pouvoir s’adapter au réchauffement climatique, il n’en est pas de même des populations les plus vulnérables : qu’on pense aux populations en voie de prolétarisation dans les pays du Sud, ou aux prolétaires racisés dans les centres capitalistes, comme les afro-américains de la Nouvelle Orléans dévastée par le cyclone Katrina.

Comme le souligne Naomi Klein dans sa somme Le Climat change tout, le changement climatique est un enjeu majeur de survie de l’humanité dans le siècle à venir, mais il ne faut pas attendre des capitalistes qu’ils changent d’attitude à ce sujet. Non pas qu’ils manquent de bonne volonté, mais l’économie capitaliste reste soumise à des contraintes structurelles fondamentalement incompatibles avec la durabilité écologique. Son livre reste pourtant animé par un projet de réforme citoyenne de l’économie, supposant qu’une prise de conscience suffisante de la crise conduirait les Etats à prendre des mesures régulatrices strictes. C’est là considérer que l’Etat est un outil neutre, et non un instrument de défense des intérêts de classe. A mon sens, l’urgence écologique doit bien plutôt nous pousser à défendre une perspective révolutionnaire radicale, revendiquant non seulement l’abolition de la propriété privée et du marché, mais également l’abolition du travail (j’y reviens juste après). Il ne faut toutefois pas verser dans l’optimisme utopique, car une telle perspective rencontre une série d’obstacles nouveaux, inconnus des luttes ouvrières traditionnelles. On peut en distinguer trois. Le premier est la dissociation sociale entre le segment de la population directement touchée par les crises écologiques, dans ses conditions quotidiennes d’existence, et du segment du prolétariat pouvant bloquer la production dans les centres de l’économie capitaliste : petite paysannerie en voie de prolétarisation d’une part, et prolétariat ouvrier des centres urbains d’autre part. Pour cette raison, il est nécessaire d’envisager de nouveaux modes d’action, qui complètent les pratiques de grève industrielle. Par exemple, les blocage d’extraction minière ou pétrolière. Le second (qui n’est qu’une déclinaison du premier) est la dissociation géographique entre les causes du réchauffement climatique et ses effets : les GES émis dans les centres industriels européens ou chinois peuvent favoriser des cyclones dans les Caraïbes, des sécheresses dans le Sahel, ou la montée des eaux au Bengladesh. Alors que l’exploitation de la force de travail est directement vécue sur le lieu de travail, et permet l’identification d’un adversaire et d’un objet de la lutte, les causes socio-économiques des crises écologiques ne sont pas aisément identifiables. D’où la nécessité de développer une conscience de classe écologique, par le renforcement des solidarités internationales. Le troisième obstacle est proprement temporel : les délais d’une action climatique sont extrêmement courts (de l’ordre d’une génération, avant d’atteindre un point de non-retour), tandis que le projet révolutionnaire se construit sur le long terme. Cela nous oblige à remettre en question la longue phase de transition du capitalisme au communisme, qui a pu servir d’appui à la construction d’un capitalisme d’Etat dans les pays soviétiques.

Dans la théorie traditionnelle de la révolution, telle qu’elle fut élaborée par les idéologues du socialisme réel en s’appuyant sur certains textes de Marx, le communisme ne pourrait advenir qu’après une phase de transition (qu’on a pu appeler la dictature du prolétariat). Cette dernière conserverait certaines propriétés de la société capitaliste, qui ne devraient être dépassées que dans un lointain avenir. Marx soulignait ainsi que dans la phase de transition, le principe capitaliste de l’échange d’équivalent persisterait, de sorte que chaque individu reçoive une rétribution mesurée exactement par le temps de travail fourni (cf. Critique du programme de Gotha). Dans un tel modèle, le travail salarial n’est pas tout à fait aboli mais toutes et tous sont employé-e-s et exploité-e-s par l’Etat. Le productivisme lui-même persiste, sous une forme parfois exacerbée, car ce super capitaliste qu’est devenu l’Etat doit rester compétitif dans le jeu de la concurrence internationale. Cette vision du communisme reste elle-même contradictoire avec une perspective écologique, puisqu’elle conserve certaines normes fondamentales de l’économie capitaliste, au premier rang desquels le travail productif. Comme travail productif, l’activité humaine est évaluée à l’aune de son efficacité temporelle, de sa productivité. A partir de ce principe, l’idée d’une émancipation est réduite à la réduction du temps de travail et à la libération du temps libre, qui suppose donc une augmentation de la productivité. Dans un texte célèbre des manuscrits du troisième tome du Capital, Marx opposait ainsi le « royaume de la nécessité » du « royaume de la liberté », le travail du loisir. Mais c’est dans cette opposition elle-même que se cache l’essence du productivisme. Un communisme écologique doit au contraire affirmer radicalement une abolition du travail comme activité contraignante et séparée des autres activités. C’est là une condition nécessaire à l’abandon d’un productivisme anti-écologique. Et cette abolition du travail ne doit pas attendre l’achèvement d’une phase de transition indéterminée, mais être revendiquée comme un impératif immédiat.

1 Röckstrom et al., « A Safe operating space for humanity », Nature, 2009.

2 Des études marxistes récentes ont proposé de redéfinir l’Anthropocène comme « Capitalocène », pour insister sur ce point. Cf. J. W. Moore ; A. Malm ; A. Campagne.

3 Marx écrit au moment où le terme d’écologie est inventé par le biologiste Haeckel. Mais à l’époque, l’usage de ce terme reste très descriptif, en désignant la science des interactions entre les êtres vivants au sein de leur environnement. Ce n’est que plus tard, notamment durant la seconde moitié du XXe, que le terme prendra sa connotation politique.

4 K. Marx, Le Capital. Livre trois. Le procès d’ensemble de la production capitaliste, J.-P. Lefebvre (éd.), Paris, P.U.F., 1976, p. 735 ; Das Kapital. Dritter Band. MEGA II/15, op. cit., p. 788, traduction modifiée.

5 « L’anticipation de l’avenir – l’anticipation effective, n’a réellement lieu dans la production de la richesse qu’en lien avec le travail et la terre. En ce qui les concerne tous deux, l’avenir peut être anticipé et dévasté realiter, à travers la perturbation de l’équilibre entre la dépense et la restitution [Ausgabe und Einnahme]. Cela a lieu dans les deux cas par la production capitaliste. […] par le biais d’une sorte d’expenditure [de dépense] forcée […] la durée de vie de cette dunamis peut être réduite. », MEGA II/3 : 1445.

6 « Le travail n’est pas la source de toute richesse. La nature est tout autant la source des valeurs d’usage (qui sont bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n’est lui-même que l’expression d’une force naturelle, la force de travail de l’homme. », Marx, Critique du Programme de Gotha.

7 C’est suite au conseil de Marx qu’Engels va lui-même lire ce scientifique, et développer plus tard une théorie de la crise écologique, en affirmant dans un passage de la Dialectique de la nature.

8 « En vérité, le charbon ne se situe pas à côté, mais totalement au-dessus de toutes les autres matières premières. C’est l’énergie matérielle du pays – l’aide universelle – l’élément de base de tout ce que nous faisons. », William Jevons, 1865.


Pour en savoir plus

Six mois rouges en Russie, de Louise Bryant.

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Jeune journaliste américaine, Louise Bryant se rend en 1917 en Russie, peu après la révolution de février. Elle y rejoint son compagnon, John Reed, journaliste lui aussi qui passera dans la postérité pour son œuvre majeure : Dix jours qui ébranlèrent le monde (réédité dans une superbe édition augmentée par Nada). Six mois rouges en Russie raconte à son tour cet instant révolutionnaire où tout bascula pour les prolétaires, en Russie, bien entendu, mais également dans le monde entier. Mais si le sujet est le même, le livre de Bryant n’est pas un simple résumé de ce que produira quelques mois plus tard Reed. En se rendant à des endroits différents, en parcourant la Russie avec une autre temporalité et en se préoccupant de sujets distincts de son compagnon, Louise Bryant offre de nombreux articles originaux. Le livre se présente comme un recueil des textes qui parurent en 1918 dans la presse américaine.

L’arrivée de Louise Bryant en Russie révolutionnaire

Dès le départ, le ton est donné par Louise Bryant : ce livre sera un carnet de voyage d’un monde qui est en train de chavirer. Les premiers articles racontent le voyage vers Petrograd et l’arrivée en Russie révolutionnaire. Dès les premières pages, nous rencontrons aussi bien une princesse qui se voit confisquer son maquillage,des soldats épris de doute, mais qui n’ont qu’une envie : la fin de la guerre, ou encore un vieux révolutionnaire qui peut enfin rentrer chez lui et qui pense que tout est gagné. L’autrice nous surprend à nous attacher à ces personnes simples, qui sont celles qui font vivre la révolution, s’emparant de la question politique en la protégeant les armes à la main s’il le faut ou, parfois, doutant sincèrement de ce qu’ils vont advenir. Lorsque Louise Bryant arrive à Petrograd, la situation est loin d’être apaisée : des rumeurs laissaient entendre que Kerenski, alors à la tête du gouvernement provisoire, vient de se faire assassiner.

Smolny et les grandes figures de la révolution

Rapidement, nous comprenons que l’endroit où tout se passe est l’institut Smolny, cet ancien couvent qui devint après la révolution de février le quartier général du parti bolchevik. Louise Bryant nous y décrit les réunions qui ne finissaient jamais, ses rencontres avec les personnes qui comptent le plus lors de ces journées qui changèrent les rapports de forces : Lénine, bien sûr, dépeint comme relativement inaccessible, mais comme un grand théoricien de la révolution, Trotski ensuite, montré comme un remarquable orateur qui savait mobiliser les foules. Kerenski en tant que figure majeure de cette période est également présenté. Il prend place dans les chroniques comme un jeune homme dépassé par les évènements et à la traine de l’histoire. Les femmes ont également une place très importante dans cette histoire de la révolution en Russie. Nous pouvons ainsi lire un article complet sur Catherine Breshkoviski, la grand-mère anarchiste de la révolution et Maria Spiridinova, une socialiste-révolutionnaire de gauche qui contribua grandement à l’alliance entre son parti et les bolcheviks. Louise Bryant confronte également les bilans de Kollontaï et de l’ancienne ministre de l’Assistance sociale : la bourgeoise Panina . À travers ces figures nous voyons deux mondes qui s’affrontent : l’ancien, dépassé et perdu et le nouveau, révolutionnaire et triomphant.

Le peuple en marche

Tableau de Pierre Broué

Mais Six mois rouges en Russie n’est pas un bottin mondain de la période révolutionnaire, Louise Bryant s’attache à raconter le peuple, véritable âme de la révolution. Là aussi, les femmes jouent un rôle prépondérant. La journaliste n’hésite pas à se rendre au Palais d’hiver alors menacé de bombardement par le croiseur Aurora pour rencontrer les femmes soldates, comprendre leurs motivations à soutenir Kerenski puis raconter leur adhésion au bolchévisme. Tout comme John Reed, elle participe à tous les moments importants de cette période : le congrès démocratique, la chute du palais d’hiver ou l’assemblée constituante. Elle rend également compte des petits moments révolutionnaires, mais qui se révèlent ô combien important : les funérailles rouges à la suite du massacre de Moscou, les habitudes des gardes rouges, le fonctionnement des tribunaux révolutionnaires ou encore la vie des enfants russes.

Le bouleversement politique

Louise Bryant n’hésite pas également à analyser la politique des bolcheviks et des autres groupes politiques. Dès le début du livre, elle nous propose un rappel des partis en présence et de ce qu’ils représentent. Puis elle revient sur les différentes politiques sociales, le déclin de l’Église alors pourtant toute puissante, la liberté d’expression et le poids des propagandes respectives des partisans de l’ordre ou de ses détracteurs. Le but est clair : nous faire adhérer à cette révolution qu’elle voit comme une libération des êtres humains, une prise du pouvoir concrète du prolétariat qui s’occupe des affaires courantes de l’État. Sans hésiter à prendre parti, elle affirme à plusieurs reprises que les Américains se doivent de soutenir la jeune république.

Une œuvre complémentaire et indispensable

Six mois rouges en Russie n’est pas seulement un récit de voyage ou un livre secondaire. C’est surtout un livre complémentaire de celui de John Reed ou celui d’Emma Goldman deux ans plus tard, exposant une autre facette de la révolution, se penchant au plus près des sujets qui l’intéressait, particulièrement la question féministe. Nous ne pouvons que nous interroger sur le temps qu’il a fallu pour qu’il soit enfin traduit en France. Les éditions Libertalia ont abattu un travail essentiel et permettent à tout un chacun de découvrir ce livre.

Projection du film Panther suivi d’un débat

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Dans l’amphi C occupé de Bron, nous projetterons le jeudi 30/11 à 19h le film Panther avec l’aide de l’amphi C solidaire.

En 1966, a Oakland, en Californie, Boby Seale et Huey P. Newton fondent les Black Panther Party. Ce film raconte la genèse du mouvement d’émancipation des Noirs américains et leur lutte contre la police californienne, à la manière d’un film d’action.

15/11 : Les communes en Ukraine soviétique avec Eric Aunoble

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Communisme tout de suite : mouvement communesEric Aunoble, auteur de Le communisme maintenant. Le mouvement des communes en Ukraine soviétique (1919-1920) nous présentera son livre le 15 Novembre 2017 à 18h00 au Jusqu’ici (169 grande rue de la Guillotière, Lyon 7e). Gratuit

Il y a 100 ans, la révolution en Russie changea la face du monde.

Chose méconnue, en Ukraine, les paysans les plus pauvres se sont organisés en communes exigeants le communisme tout de suite. Et cela avec le soutien du parti Bolchevik. S’organisant dans les propriétés de la grande bourgeoisie foncière, les communes surprennent par leur avant-gardisme social. Même si ce n’était pas toujours réellement appliqué. Les femmes et les jeunes y avaient les mêmes droits que les hommes, les tâches ménagères et d’entretiens étaient partagés par tous et toutes, les décisions étaient collectives. Ces communes montraient alors toute la capacité créative de la classe ouvrière.

Cette aventure ne dura que quelques mois, de janvier à juin 1919 avant d’être renversé par les contre-révolutions. Tout d’abord la blanche, celle des partisans du Tsar, qui écrasèrent par la force et le meurtre les communards. Puis par les paysans “moyens” et koulaks qui reprochaient aux communes d’avoir des terres supplémentaires, pour finir par être délaissé par le parti Bolchevik, qui préféra mettre en avant les Sovkhozes, moins impopulaires.

Plus que voulant décrire les institutions, Éric Aunoble nous explique les attitudes des uns et des autres. Le communisme maintenant nous démontre que la lutte des classes était bien présente dans le milieu paysan et que le parti bolchevik, alors, laissait encore une large place à la base.

Eric Aunoble, doctorant de l’EHESS, est également auteur de La Révolution russe, une histoire française à la Fabrique. Il anime le site internet Kommuna.

Le communisme maintenant. Le mouvement des communes en Ukraine soviétique (1919-1920) est édité aux éditions aux nuits rouges, 18€30.

Pour en savoir plus :

Programme de l’année 2017-2018

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Le programme de l’année 2017-2018 est sorti !

25 Octobre 2017 à 20h Ouvrir la voix d’Amandine Gay

Cinéma Opéra, 6 Rue Joseph Serlin, 69001 Lyon. 7€/5€
Projection du film Ouvrir la voix en présence de la réalisatrice, Amandine Gay, en partenariat avec Novembre Libertaire.
Ouvrir la Voix est un documentaire Afro-féministe. Il donne la parole pendant 120 minutes à celles qui sont le plus discriminées, invisibilisées. Elles abordent les violences que le système leur fait subir sur des sujets aussi divers que l’amour, le racisme, l’école ou le sexe.

15 Novembre 2017 à 18h Eric Aunoble pour Le communisme, tout de suite !

Jusqu’ici, 169 grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon. Gratuit
Conférence/débat autour du livre d’Eric Aunoble, Le communisme, tout de suite !
Peu après la révolution russe, en Ukraine, les paysans les plus pauvres se sont organisés en communes exigeant le communisme tout de suite. Et cela avec le soutien du parti Bolchevik. Cette aventure ne dura que quelques mois, de janvier à juin 1919 avant d’être écrasée par les contre-révolutions.

29 Mars 2018 Timothée Haug pour Marx et l’écologie

Jusqu‘ici, 169 grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon. Gratuit
Conférence/débat avec Timothée Haug, doctorant à l’université de Starsbourg, pour Marx & l’Ecologie.
Loin d’oublier l’enjeu écologique, comme le prétendent ses adversaires, Marx est l’un des premiers à s’être penché durant son siècle sur la contradiction entre le capitalisme et son environnement naturel. Contre celles et ceux qui prétendent réformer l’économie pour faire face à la crise écologique globale, une critique écologique de l’économie politique doit nous pousser à défendre une perspective révolutionnaire, en radicalisant la critique de la valeur et du travail.

Mai 2018 Sylvia Federici pour Point Zéro : propagation de la révolution

Lieu à définir, date précise à définir, rendez vous sur notre site. Gratuit
Conférence/débat avec Sylvia Federici, autour de son livre Point zéro : propagation de la révolution. Salaire ménager, reproduction sociale, combat féministe.
Sylvia Federici est une féministe marxiste. Elle est l’autrice du livre Caliban et la Sorcière sur le travail domestique non rémunéré et l’accumulation capitaliste. À partir des thématiques qu’elle aborde dans ces deux ouvrages nous discuterons de la nécessaire émancipation des classes et des genres.

Date à définir Bruno Astarian pour L’abolition de la valeur

Jusqu’ici, 169 grande rue de la Guillotière, 69007 Lyon. Gratuit
Conférence/Débat avec Bruno Astarian pour son dernier livre, l’Abolition de la Valeur
L’Abolition de la valeur revisite la théo­rie marxiste de la valeur en tenant compte des condi­tions actuel­les du mode de pro­duc­tion capi­ta­liste et nottament des caractéristiques pratiques, et non abstraites, du travail producteur de marchandise. Qu’attendons nous d’une société sans tra­vail – ce qui ne veut pas dire sans pro­duc­tion, mais sans usines, sans chro­no­mè­tres, sans souf­frances ?

Tout le long de l’année

  • Table Rase propose des projections en partenariat avec le Collectif des étudiant-e-s étrangers de Lyon, sans papiers et solidaires, rendez vous sur le site pour le programme.
  • Table Rase propose également des formations autour des ouvrages et des problématiques que nous soulevons à travers les conférences. N’hésitez pas à nous contacter si vous êtes intéréssé‑e‑s.

Pour compléter le programme, qui-sommes nous ?

Qui sommes nous ?

Table Rase est une association qui organise des conférences et lectures avec un regard marxiste sur l’histoire, l’économie et les luttes sociales ; elle a pour volonté d’être un lieu d’échange et de partage de connaissances dans le but de décoder et discuter les différents aspects qui structurent notre société (rapports d‘exploitation et questions d’émancipation : capitalisme, racisme, impérialisme et colonialisme ; féminisme, questions de genres et d’identités sexuelles…).
Dans le cadre des conférences, l’association sollicite l’intervention de militant-e-s, d’universitaires, de chercheurs et chercheuses, de différents courants et de différents pays. Ces conférences s’adressent à toutes et tous ; elles sont publiques et filmées, consultables sur notre site internet et retranscrites sous forme de brochures que nous éditons.
Les « formations », sous forme de lectures collectives, s’appuient sur des textes (ou autre : films documentaires, fictions…) proposés à tour de rôle par les participant-e-s et ces médias constituent une base de réflexion. Table Rase s’applique ainsi à ne pas être un cercle académique de « spécialistes » mais un espace de réflexion ouvert et accessible.
Il nous semble nécessaire d’étudier les conditions dans lesquelles nous menons nos luttes, afin d’agir pour sortir du système capitaliste et de le faire dans un cadre collectif, qui puisse rassembler les exploité.e.s et les opprimé.e.s en vue d’une société émancipatrice où les besoins humains seront pleinement satisfaits.
Le socialisme a été confondu avec trois choses : la social-démocratie des puissances occidentales, l’industrialisation d’État (ou capitalisme d’État) dans les pays de l’Est (stalinisme, etc.), les aspirations progressistes portées par les mouvements nationaux anti‑impérialistes dans les pays opprimés.
Certain-e-s affirment que le marxisme est dépassé, archaïque et qu’il faudrait un « socialisme nouveau », « du 21ème siècle ». Nous affirmons au contraire que le marxisme est actuel et international et qu’il fournit une grille d’analyse indispensable pour appréhender le monde et fonder une action révolutionnaire.
L’histoire et l’analyse des luttes passées et présentes, des écueils ou impasses rencontrés par les mouvements émancipateurs à travers le monde, et un état des lieux des rapports de force en cours constituent un préalable à nos luttes actuelles en vue d’une transformation révolutionnaire de la société.

Le programme à télécharger, à imprimer, à diffuser :programme table rase 2017 2018 rectoprogramme table rase 2017 2018 verso

25/10 : Projection d’Ouvrir la voix d’Amandine Gay suivie d’un échange avec la réalisatrice

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Dans le cadre de Novembre Libertaire, Table Rase invite au cinéma Opéra Amandine Gay pour présenter son dernier film : Ouvrir la voix.

Suite au documentaire un échange et un débat aura lieu avec la réalisatrice.

Ouvrir la Voix est un documentaire Afro-féministe. Il donne la parole pendant 120 minutes à celles qui sont le plus discriminées, invisibilisées. Elles abordent les violences que le système leur fait subir sur des sujets aussi divers que l’amour, le racisme, l’école ou le sexe.
Réalisé en deux ans entre la France et la Belgique, ce documentaire sort au cinéma le 11 octobre 2017.

Le film

« Ouvrir La Voix » est un documentaire sur les femmes noires issues de l’histoire coloniale européenne en Afrique et aux Antilles. Le film est centré sur l’expérience de la différence en tant que femme noire et des clichés spécifiques liés à ces deux dimensions indissociables de notre identité « femme » et « noire ». Il y est notamment question des intersections de discriminations, d’art, de la pluralité de nos parcours de vies et de la nécessité de se réapproprier la narration.

Amandine Gay‘Ouvrir La Voix’ est né de mon désir d’occuper l’espace public et d’expliquer pourquoi l’effacement des discriminations subies par les femmes noires en France et en Belgique est aussi problématique que politique. (…) ‘Ouvrir La Voix’ est ma façon de célébrer l’histoire de la résistance des femmes noires qui depuis le marronnage, en passant par la créolité, le panafricanisme, la négritude et l’afroféminisme ont toujours inventés des outils leur permettant
de ne pas être réduites au silence. Ce film est pour celles qui se sont battues avant nous et un témoignage pour celles qui viendront après nous.
Amandine GAY, réalisatrice

Le cinéma Opéra se trouve au 6 Rue Joseph Serlin, 69001 Lyon, métro Hotel de ville -Louis Pradel.
Séance le 25/10/2017 à 20h, durée 120 minutes.
Prix : normal : 7 euros, réduit : 5.5 euros (+65 ans, -18 ans, étudiants, chômeurs)

Journées d’été 2017 : programme

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Programme journées d'été 2017

Comme tous les ans depuis maintenant 6 ans, Table Rase a organisé le week-end du 1, 2 et 3 septembre ses journées d’été. Une trentaine de membres et de proches intéressés ont répondus à l’appel.

Le programme des débats a été le suivant :

  • Féminisme : La reproduction de la force de travail (Groupe Féministe Matérialiste)
  • Histoire : La révolution russe (Union Pour le Communisme)
  • Société : Combattre les violences policières (Collectif Ali Ziri)
  • Actualité : Les ordonnances Macron, que sont-elles, comment les combattre ?

À cela s’ajoute une lecture de textes d’ Alexandra Kollontaï & Monique Wittig.